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La discrétion : c’est l’atout des sociétés offshores établies dans des paradis fiscaux, joliment appelés “juridictions à palmiers.” La justice belge s’est bien souvent heurtée à ces structures opaques, choisies à dessein pour loger ou dissimuler des avoirs. Que ce soit dans des dossiers de fraude fiscale grave ou de blanchiment d’argent.

A charge pour des enquêteurs spécialisés dans la criminalité économique et financière, sous la responsabilité d’un magistrat, de débusquer ces mouvements de fonds. Le travail qui ne se limite pas toujours à examiner des documents faisant état de ces flux complexes d’argent. Il faut parfois se rendre sur place, dans ces îles qui évoquent le sable chaud.

“La création d’une société offshore est aisée. Il est possible d’en acheter pour des prix relativement modérés via internet. Sur des sites connus et d’autres moins. Certains ont été gérés par des personnes en Belgique”, témoigne un de ces enquêteurs chevronnés. Les documents réclamés peuvent être sommaires et tout peut se faire par mail : envoi de copie de carte d’identité ou d’une preuve de résidence. “Cela peut être une facture de gaz.”

Internet favorise la gestion de ces sociétés. Il est possible d’avoir une société avec un “Virtual Office” : ce bureau virtuel permet d’avoir un compte en banque, un numéro de téléphone, et même du personnel sur place. Le téléphone peut être dévié vers le GSM ou l’appareil fixe du détenteur ou encore vers un répondeur. “On peut vraiment avoir l’impression qu’il y a quelqu’un sur place”.

“Et si le détenteur décroche, il doit simplement veiller à regarder sa montre pour vérifier le décalage horaire”, sourit ce policier. Les personnes qui créent les structures sont des “Formation agents”. Il y a des contrats standards qui peuvent varier de paradis en paradis fiscaux. Pour Gibraltar par exemple, une des conditions est de ne pas avoir d’activité économique sur place. Pour d’autres, il peut y avoir l’obligation de ne pas avoir un compte en banque dans d’autres pays. Ces “Formation Agents” sont bien souvent des bureaux d’avocats. Ils ont également des comptables. Il est très difficile de les poursuivre pénalement “car que font-ils hormis créer des structures ?”.

Les personnes qui créent et gèrent ces structures sont bien organisées. Elles gardent tous les documents et la trace des contacts qu’elles ont eus avec leur client : quand il y a un coup de téléphone de leur client, elles en font un compte-rendu.

“Si leur système légal les oblige à coopérer avec la justice, elles le font sans problème”, dit notre policier. Et de relever que, dans une de ses enquêtes il avait pu consulter, en commission rogatoire, une note à la main d’un de ces agents sur place. Il avait écrit, qu’au cours d’une conversation téléphonique, son client semblait se disputer avec une autre personne. Or, dans les auditions en Belgique, elle avait toujours prétendu ne pas la connaître… Si des commissions rogatoires sont envoyées dans ces paradis fiscaux, les enquêteurs peuvent s’attendre à une collaboration. Mais, tempère notre policier, cela prend beaucoup de temps. Un an pour obtenir des pièces n’a rien d’exceptionnel. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel.

Les banques qui y sont établies ne posent que peu de questions à leurs clients. Elles n’ont pas l’obligation, à laquelle sont par exemple astreintes les banques belges ainsi que les professionnels du chiffre, de dénoncer quand elles en ont des soupçons de blanchiment. Ils donnent ainsi les explications que leur client leur a données. Même si cela est complètement invraisemblable. Seuls comptent les règles du pays où est établi l’offshore. “Il y a en quelque sorte un système légal qui permet de faire des choses illégales”, synthétise notre policier.

Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas toujours avec ces centres offshore que les enquêtes rencontrent le plus de difficultés. Avec les Pays-Bas, si une perquisition est menée, la justice belge peut obtenir les résultats dans les deux jours. Mais, si la personne visée s’y oppose à la communication des pièces, cela peut prendre près de deux ans.