Entreprise

La polémique lancée vendredi matin par "La Libre" autour des impôts payés ou non par le groupe Bekaert en Belgique a continué à enfler. Pour rappel, le leader mondial dans la transformation des métaux a annoncé jeudi un licenciement collectif de 600 travailleurs dans certains sites de production en Flandre, en raison du marché très plombé de l’énergie solaire au niveau mondial (Bekaert produit les fils d’acier qui servent à découper les panneaux photovoltaïques).

Et il n’en fallait pas plus pour que l’aile flamande de l’hyperactif centre d’études du PTB (Parti du travail de Belgique) se lance dans l’examen des comptes de la société basée en Belgique. Ses conclusions : la maison-mère de Bekaert n’a payé aucun impôt en Belgique pour les cinq derniers exercices fiscaux (2006-2010).

Réponse du groupe : " Bekaert paie chaque année en Belgique 128 millions d’euros d’impôts, cotisations sociales, précomptes sur dividendes et autres taxes", explique Katelijn Bohez, porte-parole de Bekaert. En 2011, au niveau du groupe, Bekaert a payé 139 millions d’euros d’impôts sur bénéfice dans plusieurs pays. " Si nous n’avons rien payé en Belgique, c’est parce que nous n’y avons pas fait de bénéfices ", ajoute-t-elle. En effet, le résultat opérationnel de Bekaert en Belgique étant dans le rouge, il n’y a pas d’impôt des sociétés (Isoc) à verser aux caisses de l’Etat belge.

" En 2009, le PTB dit que l’on a fait 36,5 millions d’euros de résultat, ajoute la porte-parole. C’est juste, mais c’est grâce au versement de dividendes de nos diverses filiales dans le monde. Des dividendes qui ont déjà été imposés ailleurs. En fait, notre résultat opérationnel pour cette année est de - 60 millions d’euros et il est donc normal qu’on ne paie pas d’impôt sur ce résultat négatif."

C’est précisément ce que dénonçait le PTB dans nos éditions de vendredi : Bekaert ne paie pas d’impôt des sociétés en Belgique en raison du régime des revenus définitivement taxés (RDT) qui exempte les dividendes perçus d’une nouvelle taxation, cette fois, en Belgique. In fine, les comptes consolidés sont "dans le vert" sans jamais avoir été frappés par l’Isoc. Pour le PTB, le régime des RDT ne garantit en rien que les dividendes versés par les filiales à la maison-mère aient été suffisamment imposés à l’étranger pour justifier une exemption en Belgique.

Par ailleurs, le PTB conteste le fait que Bekaert se défende en mentionnant qu’il verse 128 millions d’euros par an en Belgique. " Voilà la réponse habituelle des grandes multinationales, explique Raoul Hedebouw, porte-parole du parti marxiste. Pour arriver à ces 128 millions d’euros de contribution, la société additionne les taxes diverses et les versements et cotisations à la Sécurité sociale, etc. Mais il n’y a pas de paiement d’impôt à proprement parler. "

Et les 39 millions d’intérêts notionnels dont a bénéficié le centre de coordination de Bekaert en Belgique ? Le PTB dénonçait que cette structure n’a payé aucun impôt grâce à ce système assez original de déduction fiscale. " C’est le cadre légal existant qui permet cela, tempère Katelijn Bohez, tout en ne niant pas l’estimation du PTB. On applique simplement les règles, j’espère que l’on n’est pas coupable pour autant "

Enfin, du côté flamand, c’est également la polémique. Depuis que Bekaert a annoncé un bain de sang social au nord du pays, le monde politique réclame le remboursement des aides publiques (à la formation et à l’innovation) versées par la Flandre à la multinationale. Vendredi, le débat à ce sujet a également enflé. Le gouvernement flamand a d’ores et déjà décidé de suspendre le versement du reste du subside de 1 million d’euros promis à Bekaert pour son plan stratégique de formation concernant divers sites en Flandre. Il restait un versement de 300 000 euros, il est désormais suspendu. Les montants déjà payés devraient être récupérés.