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Be TV, seul éditeur de chaînes de télé payantes en Communauté française, est-il en train de perdre pied sur l’un de ses terrains d’action historique et favori, celui des retransmissions sportives ? Certains font en tout cas courir le bruit. Be TV, qui fait partie du groupe Nethys/Voo, conteste avec vigueur. Et contre-attaque en faisant valoir ses atouts et ses arguments.

Le "pitch" est le suivant : l’arrivée durant cet été en Belgique d’Eleven Sports Network, en tant qu’éditeur et distributeur de chaînes sportives, aurait convaincu de nombreux abonnés de Be TV à migrer vers Proximus TV, le grand rival du câblo wallon. La plateforme TV de l’opérateur de télécoms s’est en effet empressée de conclure des accords avec le nouveau-venu pour diffuser ses deux chaînes (Eleven et Eleven Sports). De quoi faire mal à Be TV, voire même à Voo, en matière de sport puisque Eleven a mis la main sur quelques gros contrats. On citera notamment, sur le front du football, les championnats italien (Serie A), français (Ligue 1), espagnol (Liga), brésilien… Autre grosse pioche, annoncée le mois dernier, le championnat américain de basket-ball. Cette NBA qui, depuis vingt ans, faisait le bonheur de pas mal d’abonnés de Be TV…

Alors, Be TV fait-il face à un début d’exil de ses abonnés férus d’événements sportifs ? Interrogé vendredi par "La Libre", Christian Loiseau, directeur des programmes de Be TV, refuse de donner le moindre chiffre. Mais il conteste toute idée de perte : "Des abonnés râlent et se plaignent de voir Eleven acquérir des contenus sportifs à nos dépens. Cela nous fait également râler. Mais ces abonnés restent chez Be TV. Les fans de foot, par exemple, ne veulent en aucun cas se priver de la Premier League anglaise qui est en exclu sur Be Sport."

Alliance Eleven/MP&Silva

Christian Loiseau ne nie pas que l’arrivée d’Eleven Sports a pour effet de redistribuer certaines cartes. Be TV a d’ailleurs déjà réagi en renouvelant le contrat exclusif avec la Bundesliga (championnat allemand de foot) ou en signant la Eredivisie (Pays-Bas). La chaîne à péage a en outre étoffé son offre avec deux sports de plus en plus appréciés du public belge : le basket (Scooore League, Eurobasket 2015...) et le hockey (championnat belge). "Sans être exhaustive, notre offre reste très qualitative." M. Loiseau prend aussi le soin d’adresser un message aux abonnés de Be TV : "Ils doivent savoir que tout ce qui pouvait et devait être fait pour conserver certains droits sportifs a été fait. Mais il existe des alliances et des intérêts contre lesquels on ne peut tout simplement pas combattre."

Ce message mérite un décodage. Eleven Sports Network entretient des liens très étroits avec MP&Silva, un des principaux acteurs internationaux en matière de droits sportifs. C’est MP&Silva, par exemple, qui a acquis les droits du championnat belge de foot pour les revendre ensuite à Proximus, Telenet et Voo. A terme, Eleven aimerait d’ailleurs bien récupérer la Jupiler League…

Oui à un "deal" équilibré

Une solution pour Voo/Be TV serait de suivre l’exemple de Proximus : conclure un "deal" avec Eleven. Soit en intégrant ces deux chaînes sur sa plateforme, soit en négociant le rachat de certains contenus. "Nous sommes en discussion", indique Christian Loiseau. "Mais il faut qu’un deal puisse se faire à un prix équilibré." Or, en l’état actuel des choses, Eleven se montrerait encore bien trop gourmand.

M. Loiseau conclut sur une promesse : "On veut trouver une solution et on va trouver une solution pour récupérer ou distribuer des contenus qui comptent aux yeux de nos abonnés." Les cibles prioritaires de Be TV sont assez claires : Liga, Serie A, Ligue 1 et NBA.