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Presque tout le monde fait de la discrimination. Mais peu de personnes s’en rendent compte", estime Hayate El Aachouche, conseiller chez Beci, la chambre de commerce de Bruxelles. "On a tous une lecture des choses avec nos repères et on a tendance à s’entourer de gens qui nous ressemblent. Mais il ne faut pas y voir nécessairement de la malveillance."

Qu’en est-il en réalité, dans les chiffres ? Quelles sont les avancées et les bonnes pratiques en matière de diversité ? Beci a sorti son Libre blanc de la diversité qui propose un état des lieux de la question et des pistes de réflexion.

Une première discrimination touche le genre. Celle-ci concerne moins l’accès à l’emploi des femmes que les possibilités d’évolution et le salaire. L’écart salarial entre hommes et femmes reste de 10 % (salaire horaire) à 22 % (salaire annuel) en Belgique.

Une autre discrimination concerne l’âge. Les chiffres montrent que le taux d’emploi à Bruxelles n’est que de 28,1 % pour les 60-64 ans, contre 64,8 % pour les 45-49 ans. Le livre blanc souligne aussi le fait suivant : les jeunes rencontrent des difficultés sur le marché de l’emploi de par leur manque de qualification ou d’expérience alors que les plus de 45 ans rencontrent des difficultés structurelles indépendamment de leur niveau de qualification. "Près d’un jeune demandeur d’emploi sur deux à Bruxelles n’a pas son diplôme du secondaire", pointe la conseillère. "Notre enseignement est à l’origine de nombreuses inégalités. Il faudrait plus vite faire des remises à niveau des élèves en difficulté."

Troisième discrimination : l’ascendance étrangère. Le taux d’emploi est de 74 % chez les personnes d’origine belge et entre 38 et 53 % chez celles d’origine étrangère. "Il peut y avoir certes des différences de qualification. Mais cela n’explique pas tout. Des études ont montré qu’à diplôme équivalent, un candidat d’origine étrangère aura plus de difficultés à décrocher un emploi qu’un Belge", explique Hayate El Aachouche, qui note des différences dans l’accès à l’emploi et dans l’évolution professionnelle. "Et si l’on combine l’ascendance étrangère avec le fait d’être une femme, c’est là qu’on voit les taux d’emploi les plus faibles : 29,2 % pour les femmes d’origine maghrébine. Certes, il y a parfois la barrière du voile et le fait que certaines femmes ne souhaitent pas travailler, mais cela n’explique pas tout."

Enfin, une discrimination peut être faite sur base du handicap. Si, en Belgique, le taux d’emploi des personnes sans handicap est de 66,4 %, il est de 40,7 % chez les personnes avec un handicap qui sont capables de travailler. "Là, se pose le problème des allocations d’invalidité pour lesquelles il faut refaire une demande si on perd son emploi. Nous préconisons leur suspension pendant la durée de l’emploi et non leur suppression", poursuit Hayate El Aachouche, qui met en avant les atouts de la diversité, qui est non seulement une question d’égalité et d’éthique mais aussi une réponse économique. "Les entreprises engagées en diversité ont compris le potentiel économique et ont pu découvrir que la diversité améliore leurs performances économiques", peut-on lire dans le rapport de Beci. Notamment par la multitude de talents. "En ayant du personnel aux potentiels différents, les entreprises sortent notamment des schémas de pensée unique qui rigidifient le développement de l’entreprise." La diversité des collaborateurs permet aussi de mieux toucher toute la clientèle. Avoir des collaborateurs qui ressemblent aux clients permet de mieux les comprendre, note Beci qui avance un dernier argument : l’élimination du risque réputationnel, la charge de la preuve de non-discrimination étant à charge de l’employeur.

Si la diversité est une richesse, elle ne s’improvise pas. "Une politique de diversité se prépare", insiste Hayate El Aachouche. "Il faut notamment former le management et avoir les codes culturels. Il faut apprendre à gérer cette diversité, entre autres pour éviter les incompréhensions dans la gestion de conflits. Les études montrent que la performance économique est bien là quand il y a un management de la diversité. Il faut en avoir les outils."