Entreprise Serpent laitier

Après la grande crise qu’ont traversée les producteurs de lait en 2009, des centaines de tracteurs ont à nouveau mis le cap sur Bruxelles pour manifester leur mécontentement. Ils dénoncent des prix de vente qui ne permettent pas de couvrir leurs coûts de production et de vivre correctement. "Les agriculteurs vendent leur lait 0,27 cents le litre alors qu’il monte à 1,10 euro dans les rayons des magasins , déclare Gwenaëlle Martin, conseillère agricole auprès de la Fugea, une association qui représente 2 000 à 3 000 agriculteurs wallons. Il faudrait donc que les marges soient mieux réparties entre les différents maillons de la chaîne." La Fugea pointe particulièrement les distributeurs "dont on ne connaît pas les marges" . Le rapport de force entre les agriculteurs, d’un côté, et l’industrie de la transformation et le secteur de la distribution, de l’autre, est déséquilibré. Il en résulte des prix de vente au plancher pour les producteurs de lait.

Lors de la crise du lait de 2009, la distribution avait concédé une augmentation des prix de 2 ou 3 cents le litre par rapport à un prix de vente de 17 cents à l’époque. Les agriculteurs vendent actuellement leur lait 27 cents le litre mais, depuis 2009, leurs coûts de production ont grimpé en flèche. Actuellement, les producteurs estiment que 40 cents serait un prix de vente correct.

Réguler la production

L’European Milk Board, qui organise les manifestations à Bruxelles, revendique la mise en place d’un comité de monitoring chargé de surveiller l’évolution des prix de vente du lait. L’association réclame une intervention au niveau de la production si le lait s’écarte d’un prix de référence compris entre 37 et 43 cents le litre. Le prix de référence serait censé évoluer en fonction des coûts de production supportés par les agriculteurs. Ce système fait penser au système monétaire européen, le cadre dans lequel évoluaient les devises européennes avant l’introduction de l’euro. Les autorités nationales seraient chargées de répercuter les prescriptions du comité de monitoring auprès des producteurs nationaux de lait. Une baisse de la production aurait logiquement pour conséquence de faire grimper les prix et une augmentation de la production aurait l’effet inverse.

Quel futur pour la PAC ?

Les décideurs européens sont actuellement en train de négocier le cadre financier de l’Union européenne pour la période 2014-2020. Un important volet concerne la PAC, la Politique agricole commune. En 2003, l’Europe a décidé d’abandonner progressivement le système des quotas laitiers qui doit arriver à son terme d’ici 2015. Selon l’European Milk Board, l’instauration d’un serpent laitier remplacerait avantageusement le système des quotas "qui ne fonctionne pas". Pour le CDH, il est grand temps que "l’Europe régule davantage nos marchés agricoles". "Le système a démontré ses limites, il en va à présent de la survie de nos agriculteurs et de notre alimentation" , explique le parti humaniste dans un communiqué.

Du côté de la Fugea, on réclame la mise en place d’un observatoire des prix tout au long de la chaîne de production du lait. "Cela avait été décidé lors de la précédente crise mais les différents acteurs n’avaient pas joué le jeu , dénonce Gwenaëlle Martin. Un rapport du SPF Economie conclut d’ailleurs à l’impossibilité d’analyser la chaîne."