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En Belgique, comme en France, en Allemagne, au Luxembourg et en Italie, les producteurs de lait ont lancé, vendredi, les actions qu’ils avaient annoncées. A Charleroi, des dizaines de producteurs ont vidé leur citerne devant l’hôtel de ville. A Liège, plusieurs dizaines ont donné du lait aux passants. A Saint-Vith, près de la frontière allemande, environ 200 tracteurs ont bloqué l’autoroute. Et cela ne fait que commencer.

Rien que ce week-end, dans notre pays, de nombreux agriculteurs distribueront leur lait à toute personne qui viendra leur en faire la demande dans leur ferme. Ensuite, le don de lait dans les écoles, homes, restaurants et à tous ceux qui en ont besoin, sera favorisé.

Ces actions s’inscrivent dans le cadre du combat des éleveurs de vaches laitières pour décrocher un meilleur prix pour leur production. "Les producteurs vendent leur lait moins cher que leurs coûts" , rappelle Erwin Schöpges, président de la MIG (membre belge de l’EMB qui a initié le mouvement de grève). Les manifestants réclament aussi une politique de régulation du marché du lait fondée sur une adaptation de l’offre à la demande, sujet sur lequel les ministres européens de l’Agriculture ont été incapables de se mettre d’accord à Bruxelles lundi dernier.

D’après Xavier Delwart, secrétaire général de la FUGEA (la fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs), "plusieurs centaines d’agriculteurs ont déjà décidé vendredi de ne pas livrer leur lait à la laiterie" . Cela risque-t-il de mettre en danger la production industrielle laitière dans notre pays, alors que, selon Renaat Debergh, administrateur-délégué de la CBL (la confédération belge de l’industrie laitière), "97 % du lait des producteurs belges arrivent dans des laiteries belges pour être transformés" ? "Non" , estime celui-ci (lire ci-contre). Même avis à la FWA (la fédération wallonne de l’agriculture) et à la Fedis (la fédération des entreprises de distribution). Dans un premier temps, du moins, car personne ne peut préjuger des conséquences d’un durcissement, voire d’un élargissement, du mouvement

Cela dit, le prix payé aux agriculteurs n’est pas le seul souci laitier. C’est l’industrie laitière globale qui n’a pas franchement le vent en poupe. Et la Belgique n’échappe pas à cette tendance. Dans son dernier rapport annuel, la CBL étale des chiffres implacables. En 2008, le nombre de producteurs laitiers (ceux qui vendent le lait de leurs vaches) a (encore !) baissé de 4,5 % pour descendre vers la barre des 12 000 (7 000 en Flandre, 5 000 en Wallonie et 4 à Bruxelles).

Le ralentissement de l’activité s’est aussi vérifié du côté des industriels (ceux qui achètent le lait aux agriculteurs pour le transformer). Les laiteries, elles aussi, ont des défis à relever. En 2008, seule la production de poudre de lait (+ 19 %) et de lait de consommation (à l’exception du lait écrémé et du lait chocolaté) a effectivement augmenté. Cela n’a été le cas ni du fromage (- 1,7 %), ni du beurre qui a poursuivi son recul (- 8 %), ni de la glace qui s’est carrément effondrée (- 11,8 % entre 2007 et 2008).

Par conséquent, le chiffre d’affaires réalisé par l’industrie laitière et le montant des investissements consentis a baissé dans les trois régions du pays.

On notera encore qu’un produit laitier sur deux consommés en Belgique provient de l’intérieur de nos frontières. Quel est l’avenir pour les éleveurs ? La question est posée dans les rues, ces jours-ci. "Quant à l’industrie, son futur passe par des produits à valeur ajoutée de plus en plus grande , prévient Renaat Debergh de la CBL. Par exemple, du lait en poudre en conditionnements plus petits, ou des produits pour l’industrie du chocolat "