Entreprise Eclairage

Qu’en est-il du moral des travailleurs ? C’est ce qu’a voulu savoir l’Institut de Médecine environnementale dans son étude multinationale sur le stress au travail (Estime) menée auprès de plus de 7000 travailleurs dans 5 pays et régions (1).

Premier constat: si 72 % des salariés interrogés se disent satisfaits de leur travail, 1 sur 3 déclare souffrir de stress, d’épuisement psychologique et/ou de perturbation du sommeil à cause du travail. Les Français (39 %) et les Belges francophones (36 %) sont les plus stressés.

Selon l’étude, qui analyse le stress aux niveaux organisationnel, managérial et individuel, la première cause du stress est l’hyperinvestissement émotionnel au travail, qui touche 41 % des salariés. "C’est assez pernicieux", note Chantal Vander Vorst, managing director de l’INC International (Institute of NeuroCognitivism). "L’hyperinvestissement donne l’impression d’une motivation très forte. Or, cette motivation est extrêmement fragile. C’est cela qui est dangereux."

La deuxième cause du stress est la démotivation liée au manque de résultat et de reconnaissance, qui affecte 1 salarié sur 4; la troisième est l’organisation non "biocompatible" qui touche 1 travailleur sur 4. Enfin, la quatrième cause est un manque de sens au travail, d’esprit d’équipe et une communication managériale inadaptée qui touche 1 travailleur sur 5.

L’étude repose sur une approche novatrice du stress développée par l’IME qui distingue quatre facettes du stress. La première est la réceptivité individuelle aux facteurs stressants ou stressabilité. L’étude révèle que 23 % des Belges francophones avouent se sentir facilement stressés quand ils doivent gérer un problème au travail, pour 28 % de Français, mais seulement 15 % des néerlandophones. L’étude analyse aussi le stress émotionnel (anxiété, colère ou déprime). Constat : le nombre de Belges néerlandophones (8 %) qui se disent découragés, abattus ou déprimés au travail est deux fois inférieur aux Belges francophones (14 %) et aux Français (15 %). Quant au stress comportemental, l’enquête montre que de tous les sondés, ce sont les Belges francophones qui compensent le plus leur stress par le grignotage, la consommation de calmants ou d’excitants (20 %). A l’autre extrémité : les Belges néerlandophones (12 %).

L’étude s’est aussi penchée sur le moral des salariés. On découvre ainsi que 1 salarié sur 4 éprouve de la satisfaction au travail. Les Suisses sont les plus satisfaits (78 %), les Français (68 %), le moins. Quelque 57 % disent s’épanouir dans leur travail. Les Belges francophones semblent plus épanouis (60 %) que les néerlandophones (47 %). Les plus épanouis sont les Suisses (65 %).

Un salarié sur trois déclare que son sommeil est perturbé à cause de son travail. Les plus touchés sont les Français (37 %), et les moins, les Québécois (29 %). Par ailleurs, un salarié sur quatre estime que son travail dégrade sa santé. Les plus touchés sont à nouveau les Français (31 %), suivis des Belges francophones (28 %). Quelque 29 % des sondés déclarent que leur travail les épuise psychologiquement. Mais seuls 22 % des Belges néerlandophones se disent touchés, contre 35 % des francophones et des Français.

La motivation fait aussi partie des éléments repris dans l’étude. L’IME a identifié plusieurs formes de motivation. Tout d’abord, la motivation durable. "Profonde et inconditionnelle, elle s’apparente à la passion et transparaît, notamment, dans le choix des hobbies. Elle est la source des choix professionnels vécus comme de véritables ‘vocations’", expliquent les responsables de l’étude. Quelque 17 % des salariés sondés disent "aimer leur métier depuis toujours sans forcément dire pourquoi" et/ou "même s’il est difficile ou si les autres le dévalorisent". Cette motivation durable est la plus élevée chez les Belges francophones (19 %) et la moins élevée chez les néerlandophones (10 %).

La motivation conditionnelle est, elle, liée au résultat et à la reconnaissance. Seuls 19 % des néerlandophones affirment qu’ils se démotivent facilement par manque de résultat ou de reconnaissance, contre 28 % des francophones et, surtout, 30 % des Français.

Enfin, la motivation liée à l’hyperinvestissement émotionnel se traduit par "un intense désir de réussir et une peur excessive d’échouer, sans qu’il y ait forcément de grands enjeux". Elle touche 40 % des répondants.

Mais comment réagir face à ce stress ? Ou même l’anticiper ? "Nous avons deux grandes protections contre le stress", explique Chantal Vander Vorst. "La première est la motivation durable. La deuxième est ce qu’on appelle l’‘Intelligence adaptative’ qui est logée dans notre cerveau au niveau du cortex préfrontal. Celle-ci nous permet d’anticiper, d’innover, de gérer la complexité, l’incertitude, les émotions et le stress. Mobiliser notre ‘Intelligence adaptative’, c’est adopter un état d’esprit alliant curiosité, souplesse, nuance, prise de recul et de hauteur, réflexion logique et opinion personnelle pleinement assumée."

Les bons managers sont perçus comme étant à la fois ouverts - à l’écoute - et ouvrants - favorisant l’ouverture d’esprit chez leurs collaborateurs -, sachant gérer la motivation des passionnés comme celle des personnes qui ont besoin de reconnaissance, cultiver les relations de confiance, "Ces multiples compétences managériales sont celles de managers qui ont développé leur ‘Intelligence adaptative’ et savent la mettre au service de collaborateurs", notent les responsables de l’étude. "Pour que les entreprises relèvent le challenge de la qualité de vie au travail et de la performance durable, il apparaît urgent de former les managers à cette intelligence."

"Nous avons tous accès à ces deux protections, mais cela s’apprend", précise Chantal Vander Vorst qui constate encore que "ceux qui ont su développer ces protections sont mieux armés contre le stress et le burn-out qui peut s’en suivre". De là à dire qu’on peut prédire qui sera éventuellement sujet au burn-out ? "On voit assez bien les freins et à quel moment une personne va droit dans le mur. Cette analyse est extrêmement prédictive."

Le stress est bien souvent généré par l’organisation elle-même, troisième niveau d’analyse à côté de l’individu et du manager. Pour les auteurs de l’étude, il est, dès lors, important pour l’entreprise de savoir ce qui peut stresser les salariés et de voir quels sont ceux qui sont particulièrement touchés, afin de pouvoir déployer un plan d’actions optimisé. "Le stress d’origine organisationnelle, par exemple, est induit par des ‘missions impossibles’, comme d’assumer des responsabilités sans le niveau d’autonomie suffisant ou sans les informations nécessaires pour y parvenir", note Chantal Vander Vorst. Le travailleur se trouve alors paralysé dans son action. Ces dysfonctionnements peuvent devenir récurrents. "Il convient de s’assurer de la compatibilité de l’organisation avec le fonctionnement humain. Il faut mettre un terreau de bonne qualité pour faire germer les talents."

Une nouvelle gouvernance doit donc s’exercer. Elle s’appuie sur des principes en apparence simples, mais souvent oubliés comme : alléger les processus trop rigides en donnant toute sa place au bon sens, établir une circulation de l’information ouverte qui permet à chacun d’obtenir ou de transmettre des informations utiles sans craindre de conséquences négatives pour lui-même, donner à chacun toute l’autonomie nécessaire pour exercer pleinement ses différentes responsabilités ou encore se concentrer sur ses tâches et apprendre à mieux déléguer.

(1) Cette étude a été réalisée en partenariat avec l’Institute of NeuroCognitivism (INC) et TNS Sofres en Belgique francophone et néerlandophone, en France, en Suisse romande et au Québec.