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Jouer au démagogue ou se contenter d’une approche punitive de la situation actuelle serait ridicule et n’aurait aucun sens. Il n’en reste pas moins que le monde doit abandonner la logique d’une croissance infinie, guidée par la main invisible du marché et dictée par des ogres financiers. Il faut signer des traités internationaux et établir une coopération intensive au niveau mondial.

La crise que nous vivons est celle de la division politique. Nous assistons à l’impuissance publique dont la qualité de la gouvernance fait défaut parce qu’asservie à la finance. Le bond de la dette publique des Etats-Unis, qui s’élevait déjà à 10 000 milliards de dollars en 2008 et atteint aujourd’hui plus de 16 000 milliards a de quoi stupéfier. Une augmentation de 60 % de la dette d’une puissance mondiale en quatre ans On assiste bien à une dramatisation de la situation économique mais on nous assure que la crise du système disparaîtra si, et seulement si, nous nous soumettons aux mesures d’austérité imposées par des donneurs de leçons personnellement peu exposés aux conséquences de leurs décisions.

L’homme de la rue est lassé par la légèreté du traitement des informations économiques et risque de ne plus soutenir le pouvoir en place, qui néglige le sort réservé à la grande masse en focalisant ses efforts sur les aspects financiers des relations mondiales. L’humanité doit entamer une mutation profonde ou accepter le risque incontrôlé de vouloir pérenniser un système qui "s’auto-invalidera" à brève échéance.

Si l’équivalence potentielle de l’argent fascine l’homo œconomicus, une analyse comportementale permettrait probablement de conclure que le but hégémonique ultime de celui-ci serait de devenir toujours plus puissant en accumulant un maximum de capital-pouvoir.

Ce scénario burlesque pourrait représenter le cauchemar d’un grand nombre de décideurs, angoissés par la croissance virtuelle et toujours plus précaire de leurs possessions. De manière plus générale, l’homme essaie simplement d’être en adéquation avec le projet de société présenté : pour être heureux et reconnu, il faut posséder, accumuler et consommer ce qui permet, in fine, la comparaison avec ses pairs et la projection d’une place "virtuelle", valorisante ou non, dans la société.

L’homme s’est installé dans un tel état d’aberration qu’il semble incapable d’imaginer aujourd’hui que le système dans lequel il évolue ne correspond à aucune réalité durable. Cette faille sociétale profite à tous ceux qui, sans se rendre compte de l’absurdité du mobile qui les pousse à agir, exploitent les rouages économiques modernes puisque le capital est le quasi seul acteur à pouvoir gérer le monde et décider de son évolution.

La thèse fondamentale du besoin de convergence entre le règne humain économique et la nature en général est non négociable si nous souhaitons transmettre la vie terrestre sur le long terme. Le pouvoir d’accumuler devrait être remplacé par une autorisation de consommer. Tout humain devrait, par nature, disposer d’un quota de consommation dont le solde serait notamment lié à la destruction des ressources engendrées par son comportement. Ce "quota", purement personnel, ne pourrait pas être vendu ou même transféré à une descendance quelconque. J’entends évidemment déjà les caricatures et autres quolibets et j’admets volontiers que de nombreux consensus devraient être trouvés, particulièrement pour les biens durables tels les abris que sont les logements, les œuvres d’art et le patrimoine en général, les moyens de locomotions, quant à la façon d’établir et de pondérer la variabilité d’un tel quota en fonction du comportement des individus par rapport à la gestion des ressources en général

Toutefois, grâce à ce type d’esprit organisationnel, de nombreuses tensions sociales se relâcheraient instantanément, la spéculation disparaîtrait et la société entrerait dans une phase de "paisibilité" lui permettant d’envisager des évolutions humaines majeures. Si nous conservons l’argent comme mode de valorisation de nos échanges, il faudrait introduire une notion de "péremption" pour cette monnaie afin d’en permettre un recyclage permanent, empêcher une accumulation malsaine et un transfert intergénérationnel aussi nocif qu’arbitraire pour la vie en société. L’imputrescibilité de la masse monétaire (MM), sans aucune équivalence universelle, devrait être abandonnée. Tout bien périssable, non consommé dans un délai imparti, devient impropre à la consommation même si des techniques de conservations existent.

Accepter le principe d’une croissance infinie de la MM (quelles que soient les techniques qui permettraient d’en dissoudre la masse réelle), dans un monde fini, rythmé par le cycle de la vie et de la mort de toutes les espèces, c’est attribuer l’immortalité du pouvoir lié à la possession de ce capital, qu’il soit virtuel ou transformé en biens matériels. Aucun système politico-économique ne parviendra à combler l’humanité tant que le sort réservé à la MM devenue avariée ne sera pas réglé : guerres, crises financières, tensions populaires sont les résultantes de l’incapacité de l’homme à trouver un consensus quant au traitement d’une MM dont le statut imputrescible devrait virer à l’organique.

Les hommes doivent créer un mouvement mondial qui traduira les besoins des populations par une nouvelle organisation sociétale, non limitée par le pouvoir de l’argent, mais animée par le progrès et l’équilibre d’une Humanité en attente.

Des cercles de réflexions, visant la construction d’une société basée sur des règles de gestion plus équitables doivent être créés, de nouveaux schémas d’échanges, de consommations et de transmissions doivent être imaginés. Les dirigeants actuels ne peuvent plus continuer à jouer aux apprentis sorciers en imposant le règne du virtuel au monde réel. Nous devons travailler à l’Emancipation humaine, vecteur de plaisir et d’enthousiasme, qui renforcera la coopération et la solidarité des populations. Pourquoi vouloir s’évertuer à placer cette économie des prix au centre de la société ? Comme pour la recherche fondamentale, entourée de tant d’incertitudes, il s’agit d’explorer l’inconnu en acceptant d’être incapable de dire aujourd’hui que ce que vous n’avez pas encore trouvé pourra, ou non, servir demain.