Entreprise

Depuis plusieurs années, la Fédération Agoria alerte l’opinion publique quant au manque croissant de profils ICT. Ce sont directement l’innovation, la compétitivité et la bonne marche de nos entreprises qui sont pénalisées. En particulier, les études d’Agoria sur la pénurie des métiers de l’ICT en Belgique placent en première position le profil de "Business Analyst ICT". Il en manquait déjà 2 700 fin 2011 ! Ce constat est confirmé par d’autres études (le gouvernement wallon, le Forem, l’Union européenne, l’UCM et l’AWT).

Le Business Analyst doit être capable par ses capacités d’analyse et de modélisation d’élaborer et de guider des projets informatiques innovants afin qu’ils soient en adéquation avec la stratégie de l’entreprise. Il doit également être capable de définir et mettre en place une stratégie IT dans toute sa complexité technologique, organisationnelle, commerciale et financière. Il suffit de songer aux stratégies d’Amazon, de Dell ou de eBay, qui ont fait leurs succès, ou à celle de Kodak qui a conduit à sa faillite, pour se rendre compte de l’importance décisive des compétences stratégiques pour toute entreprise petite ou grande. Ces compétences tant en analyse et modélisation ICT qu’en gouvernance IT sont rares et sensibles; or, le système éducatif belge n’offre à ce jour aucune formation diplômante de niveau universitaire couvrant pleinement ces compétences pointues.

En outre, le Business Analyst est également un médiateur entre, d’une part, les acteurs du monde business et les spécialistes de l’ICT, dès lors une approche pluridisciplinaire s’avère indispensable. Il faut donc concevoir une formation réellement pluridisciplinaire offrant des cours orientés selon des perspectives métiers différentes : managériale (stratégie d’innovation en ICT, gestion du changement, analyse des conflits, ), juridique (droit des TIC) et informatique (ingénierie des exigences, modélisation organisationnelle et métier, gestion de projet, ).

Si l’on connaît mieux le profil attendu, encore faut-il fournir une solution à la mesure du problème, soit un déficit de plusieurs milliers de postes. Les formations en ICT attirent trop peu de filles : les premiers cycles ne comportent que respectivement 5 % et 8 % de filles (CREF 2010). Accentuer le caractère pluridisciplinaire dans une formation de 3e cycle peut certainement intéresser un public féminin, issu d’autres formations (histoire, sciences,...), qui a toute sa place dans l’ICT.

Suite à ce constat, l’Université de Namur organise, dès la prochaine rentrée académique, un Master complémentaire en informatique et innovation "Business Analysis et Gouvernance IT". Cette formation, unique à ce niveau-là en Belgique francophone, est codirigée par la Faculté d’informatique et le Département des sciences de gestion. Elle est adaptée à un public professionnellement actif, tant dans sa pédagogie que dans son organisation pratique. Elle devrait répondre aux besoins des entreprises, d’autant qu’elle est pilotée par un comité composé à la fois des personnalités du monde académique et de l’industrie. On peut citer Yves Pigneur (HEC Lausanne), Bruno Schröder (Microsoft), Roland Fabri (IBM), Etienne Bossard (AXA), Bernard Geubelle (Trasys), Bertrand Andries (SAP).