Entreprise

Croître, mais "pas trop rapidement". C’est la devise de Vincent Herbert, le patron de la chaîne de boulangeries artisanales belges "Le Pain quotidien". L’homme tient à préserver le concept original de "sa" table d’hôtes. Il a ainsi refusé une offre juteuse (d’aucuns évoquent plusieurs centaines de millions d’euros) pour le rachat de sa chaîne par le géant américain Starbucks, qui possède 19 000 salons de café à travers le monde.

"J’ai eu quelques contacts informels avec Howard Schultz", le CEO de Starbucks, a ainsi confirmé M. Herbert à nos confrères du "Tijd". "Il était intéressé par le Pain quotidien et m’a expliqué qu’il rêvait que les gens dans ses magasins ne viennent pas qu’acheter du café, mais restent aussi pour manger et dépenser davantage d’argent." M. Schultz se serait montré impressionné par la percée réalisée par la société belge au pays de l’Oncle Sam. "Tu as découvert la bonne recette", aurait ainsi confié le patron du Starbucks au CEO belge. "Nous avons finalement refusé son offre car nous nous sentons assez forts pour continuer notre expansion seuls", explique le Courtraisien.

Starbucks n’en est pas à son coup d’essai. En fait, la chaîne de Seattle cherche en permanence de nouveau relais de croissance. Le "roi du café" est conscient d’une de ses faiblesses : ses "salons" réalisent près de trois quarts de leur activité au cours de la matinée.

Le but de la société est donc de constamment attirer une nouvelle clientèle, qui n’est pas uniquement intéressée par les saveurs caféinées. Le géant américain propose ainsi déjà différentes pâtisseries et, depuis peu, des bières et du vin sont également mis en vente. Mais il n’y a pas que cela. "M. Schultz m’a expliqué qu’un à moment donné, Starbucks vendait davantage de CD et de tasses à café (NdlR : vides) que de cafés", dévoile M. Herbert.

"Le même menu depuis vingt ans"

Pour le patron belge, ancien trader de Wall Street, "Le Pain quotidien" ne doit, au contraire, pas s’éparpiller. "Pour grandir rapidement, beaucoup de marques veulent faire un peu de tout pour tout le monde. Et donc… rien pour personne. Notre menu est quasiment le même par rapport à celui d’il y a vingt ans."

Vincent Herbert - qui a aidé Alain Coumont, le fondateur du "Pain quotidien", à repartir de zéro il y a 15 ans - explique aussi que les meubles de toutes ses boulangeries, 210 dans 17 pays différents, proviennent du même fournisseur de Geel (Anvers). "Croître trop rapidement, c’est perdre son concept initial", rappelle le Courtraisien qui gère la société depuis New York.

Ce qui n’empêche pas le "Pain quotidien" d’être ambitieux sur différents marchés. La société belge va ainsi prochainement ouvrir de nouveaux magasins dans le sud de la France, à Chicago ("un sérieux défi car nous nous attaquons à la véritable Amérique") et à Hong Kong. C’est d’ailleurs le marché asiatique qui sera ciblé dans les prochaines années.

Une entrée en Bourse n’est également pas à l’ordre du jour pour la société. "C’est l’une des raisons de notre succès. Le Pain quotidien est en grande partie entre les mains d’actionnaires privés belges ( NdlR : dont M. Herbert) qui ont investi il y a déjà plus de dix ans".