Entreprise

En quelques jours, la Société Générale a perdu 4,9 milliards d’euros. Une somme énorme ! Quelle en est la cause, le trader Jérôme Kerviel ? Un tel scandale, est-il possible chez nous ? Que font les banques avec notre argent ? Où en est-on au niveau du contrôle ? Et la crise des « subprime » ? « Le capitalisme serait-il devenu fou ? », c’était le thème du débat de l’émission « Mise au point » ce dimanche sur la RTBF.

Les banques sont-elles assez contrôlées ?

Pour la plupart des intervenants, une question reste en suspend : comment un trader peut-il jouer avec autant d’argent ? Est-ce possible sans complicité ? Pour Etienne De Callatay, c’est franchement difficile à concevoir. « En même temps, je ne pense pas non plus que nous ayons affaire à une théorie de grand complot », explique-t-il. Pour lui, le problème viendrait plutôt d’un disfonctionnement lié à une mauvaise incitation.

Tous s’accordent à dire que le risque zéro n’existe pas en Belgique. Par contre, les banques sont extrêmement bien contrôlées. D’un côté, il y a un mécanisme de contrôle interne et de l’autre, des missions d’audit. Pour Karine Lalieux, il est important d’obtenir un vrai débat au Parlement. Le problème, ce sont tous les produits dérivés, d’où la nécessité de transparence.

François-Xavier De Donnea explique qu’après chaque crise financière, les contrôles ont été renforcés. La difficulté, c’est qu’aujourd’hui, nous sommes confrontés à des obstacles qui n’existaient pas auparavant. Les systèmes de contrôles doivent évoluer en fonction de ces nouvelles dérives possibles. La situation est également rendue complexe par la propension des banques à vouloir créer des empires de plus en plus grands. « Les hauts cadres ne sont plus au courant de ce qu’il se passe dans les cascades de filiales. La taille des banques est devenue telle que certaines choses échappent au contrôle. », explique-t-il.

Pour Benoît Cerexhe, il n’y a pas lieu non plus de s’alarmer. Les banques belges sont considérées comme solides et rentables. Le contrôle y est efficace.

Du côté du public présent à l’émission, on ressent une forte animosité envers les banques, un manque de confiance. Etienne De Callatay explique que l’argent perdue dans l’affaire de la Société Générale n’est pas celle des clients et qu’en cas de faillite, ils récupèrent également leurs biens. Pour Katrin Lalieux, le banquier est de moins en mois regardant sur le client. La députée socialiste propose de réinstaurer la Taxe Tobin (Taxe sur toutes les transactions de flux et de capitaux au niveau mondial). Elle souhaiterait, dans un premier temps, pouvoir l’imposer en Europe.

Jean-Marc Nollet est d’accord avec le fait que ce sont les actionnaires qui paieront pour les milliards perdus. Seulement, il rappelle qu’on oublie bien souvent que parmi ces actionnaires, il y a aussi les fonds de pensions. Pour lui, il est urgent de stabiliser les placements.

La question des produits dérivés

Etienne De Callatay explique l’utilité des produits dérivés. Pour lui, ils répondent à ce que le client souhaite. Ce sont des innovations financières qui servent l’économie. Jérôme Ollier réagit. Pour cet altermondialiste, le marché de ces produits a tellement grandi qu’il est aujourd’hui dix fois supérieur aux risques qu’ils sont censés protéger. Pour Arnaud Zacharie, les produits dérivés ont été créés pour se couvrir de l’instabilité, sauf qu’ils deviennent, à leur tour, sources d’instabilité. Ils sont de plus en plus opaques et incontrôlables.

Le capitalisme serait-il devenu fou ?

Jean-Marc Nollet explique que lorsque la situation économique est mauvaise, les banques se retournent vers l’Etat. Le problème, c’est que les dégâts se répercuteront plus tard et que le citoyen en pâtira. La crise des « Subprime » se reflètera aussi chez nous.

Bruno Colmant expose la différence entre l’économie réelle et l’économie spéculative. « Vous prenez un thermomètre et un baromètre. Le thermomètre, c’est l’économie réelle, celle qui se construit. Tandis que le baromètre, c’est l’économie spéculative, les valeurs de demain. » Pour le Président de la Bourse de Bruxelles, elles sont toutes deux parfaitement complémentaires. Jérôme Ollier, lui, ne voit pas d’émancipation possible dans un système capitaliste.

A Arnaud Zacharie de conclure en affirmant que l’économie financière doit être au service de l’économie réelle. Il insiste sur la nécessité de transparence. Pour lui, il faut refonder le FMI qui est mal en point pour permettre une meilleure régulation.