Que reste-t-il des bijoux de la famille Belgique?

Par PATRICK VAN CAMPENHOUT Publié le - Mis à jour le

Entreprise

Analyse

La Belgique, dans son découpage politique actuel, dispose d'une somme de bijoux de famille réduite par rapport à ce qu'elle possédait il y a 20 ans. Pourtant, comme le rappelle un ouvrage tout récent publié par le Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques), le mouvement de privatisation n'est pas terminé dans notre pays. Pour l'auteur de cette analyse objective de la vie et du transfert des entreprises publiques, Jacques Moden, "les besoins budgétaires qui ont sous-tendu ces opérations ne sont plus aussi criants aujourd'hui, et on assiste donc à un ralentissement du mouvement de cessions". Mais un certain nombre de dossiers restent en suspens, "très difficiles à évaluer en termes financiers, toutefois". En effet, il s'agit de dossiers complexes au niveau fédéral, comme la cession de la part de l'Etat dans Belgacom qui n'a même pas été évoquée au cours du récent exercice budgétaire, sans parler de La Poste ou de la SNCB. La pression a baissé, dans une période de haute conjoncture, ce qui permet de reporter les débats à plus tard. Et puis, "une cession de parts ne peut plus être utilisée dans l'équilibrage d'un budget, mais peut toujours contribuer au désendettement de l'Etat", nous explique un spécialiste.

La SFPI, investissement à long terme

Ce qui ne veut pas dire que l'Etat s'est désintéressé de ses participations. Le 2 avril 2007, lors du dernier Conseil des ministres du gouvernement sortant (c'est loin déjà !), le gouvernement a entériné le contenu d'une note stratégique portant sur l'avenir de la SFPI (Société fédérale de participations et d'investissement) et le principe d'une recentralisation sous son aile des participations de l'Etat. "Nous avons noté que certaines participations de l'Etat, comme Belgacom, une partie du capital de La Poste, la Loterie Nationale, la SOPIMA (gestion et cession des bâtiments publics), ne figurent pas dans notre portefeuille", nous explique Koen Van Loo, administrateur délégué de la SFPI. Ce dernier note aussi des problèmes de représentation de la SFPI au sein des conseils d'administration de certaines de ces participations. Or, la SFPI, fruit de la fusion de la SFP (financière de participations) et de la SFI (d'investissement), dispose aujourd'hui de l'objet social et des capitaux nécessaires à mener une véritable politique de gestion de ces participations, en ce compris leur cession éventuelle, et d'investissement actif dans le but de générer une plus-value sociétale, mais aussi des bénéfices. Et des bénéfices, il en dort encore un peu dans son bilan, comme la participation de 25 pc dans TBAC (ex-Biac) qui vaut au moins 40 millions d'euros. S'ajoute à cela une série de participations hétéroclites, héritées d'accords passés, pas toujours réalisables, comme une participation "de contrôle" dans la sicafi d'Etat Fedimmo (créée en 2006 pour céder dans une structure acceptable quelque 64 millions d'euros d'immobilier de l'Etat).

Et pourquoi pas privatiser carrément ce portefeuille dans son ensemble ? On irait là vers un scénario identique à celui qui a prévalu lors de la privatisation de la SNI (avec, notamment, la participation en Distrigaz) en 1995. Mais ici, il faudrait valoriser l'ensemble, privatiser ou ouvrir au privé ce qui ne l'est pas. Avec des écueils comme La Loterie Nationale, pour ne citer que cet exemple. Du côté des gestionnaires de la SFPI, on privilégie une stratégie à long terme, avec une phase de recentrage, de réinvestissement et de valorisation des compétences. Un scénario comparable à celui qui a permis à la GIMV flamande de terminer avec succès son parcours en Bourse. On en est loin. Ici, on le voit, le schéma de privatisation est bloqué pour quelque temps encore, et la SFPI a entamé cette année son redéploiement en procédant à un premier investissement dans un projet de "flathotel" pour le troisième âge.

La valorisation ne se fera pas de sitôt...

Ceci n'empêche pas de songer à une poursuite des privatisations par des voies détournées, estime, pour sa part, Jacques Moden.

"La méthode la plus évidente de privatisations par la bande passe par une modification du statut des entreprises publiques concernées", nous explique encore Jacques Moden. "On commence par cette modification statutaire, pour ouvrir ensuite le capital au privé, pour une petite part d'abord, puis élargir la participation privée, et enfin, privatiser le solde" dans l'indifférence du public. "Le passage en SA de droit privé est généralement le prélude à la privatisation", assure encore Jacques Moden. Et de citer à cet égard l'exemple de la Région flamande qui, à la faveur de la régionalisation de certaines compétences, a entamé la privatisation d'actifs. Ainsi, les canaux flamands qui se sont progressivement retrouvés dans des "agences autonomisées de droit public" détenues par la Région, des SA (ou plutôt NV), en réalité. Mais leurs statuts prévoient une ouverture de leur capital à hauteur de 25 pc au privé. Ces agences, toujours dotées par la Région flamande, s'enrichissent chaque année de terrains apportés par cette dernière. Il s'agit de zones jouxtant les voies navigables, dont la location permet de diriger lentement les agences vers une rentabilité exempte de dotations régionales... "C'est un modèle identique aux autoroutes à péage qui vivent du passage des automobilistes, mais aussi des stations d'essence...", explique encore Jacques Moden.

Au niveau fédéral, un bon exemple de "privatisation rampante" est donné par la CTB, Coopération technique belge (ex-AGCD, Administration générale pour la coopération au développement), qui est devenue une société anonyme de droit public à finalité sociale. Prochaine étape de cette entreprise dont le but n'est pas de faire des bénéfices, mais qui est dotée par l'Etat ?

On est à deux doigts d'un partenariat avec le privé. Mais dans d'autres secteurs, les nécessités budgétaires - encore - ont poussé à une réflexion plus rapide. Ici encore, la Région flamande a été de l'avant, intégrant une loi spécifique et un centre d'expertise pour aider au passage aisé à des partenariats public-privé (PPP). "On le voit dans l'enseignement en Flandre. La construction des bâtiments et leur entretien sont confiés à des entreprises privées", explique encore Jacques Moden. Des privatisations qui ne portent pas leur nom.

Par PATRICK VAN CAMPENHOUT

Facebook

Ailleurs sur le web

Les + consultés de la semaine

  1. 1
    Le patron de Sanoma Belgique et Pays-Bas quitte ses fonctions

    Marc Duijndam, le patron de la filiale belge et néerlandaise de l'entreprise finlandaise de médias Sanoma, quitte ses fonctions après seulement huit mois de service. Les tâches de Marc Duijndam seront temporairement reprises par Susan Duinhoven, à ...

  2. 2
    Après Ryanair, au tour des pilotes de KLM et d’Air France de faire grève ?

    L’été social est décidément très chaud dans le ciel européen. Après une vague de grèves des équipages de la compagnie irlandaise low cost Ryanair en Europe, c’est au tour des pilotes des compagnies KLM et Air France de menacer de se croiser les bras....

  3. 3
    Tesla: épuisé, Elon Musk va-t-il être forcé de prendre du recul ?

    En affirmant être surmené, Elon Musk, l'iconoclaste PDG de Tesla, désormais fragilisé, a renvoyé la balle vers l'entreprise à qui il revient de déterminer s'il a besoin d'aide pour continuer à assumer ses fonctions, estiment les experts. Le ...

  4. 4
    Une entreprise belge signe un important contrat IT avec la Commission européenne

    Le prestataire de services informatiques Modis Belgique a signé un accord avec la Commission européenne pour la gestion de 1.200 informaticiens, annonce-t-il jeudi. Le contrat-cadre d'une valeur de plus de 500 millions d'euros, le plus important ...

  5. 5
    Les bus à hydrogène, futur de la mobilité en Wallonie ?

    Michaël De Koster est l’un des spécialistes de l’hydrogène chez Engie. Il évoque la place de cette technologie dans le futur paysage énergétique. A court terme, le potentiel le plus intéressant, selon lui, serait la mobilité, avec les véhicules à ...

cover-ci

Cover-PM