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Je suis un anxieux qui se soigne." C’est ce que nous avait dit, avec un léger sourire, Pierre Wunsch, le futur gouverneur de la Banque nationale, lorsque nous l’avions rencontré pour faire son portrait.

A l’époque, Pierre Wunsch avait quitté le cabinet du ministre des Finances, Didier Reynders, pour entrer au comité de direction de la Banque nationale.

Il a passé près de trois ans au cabinet de Didier Reynders (d’octobre 2008 à mai 2011). Une période aussi harassante qu’inoubliable. Il faisait partie de l’équipe gouvernementale qui mobilisait toutes ses forces pour sauver les grandes banques belges, au bord du gouffre.

En mission pour Reynders

Pierre Wunsch (né en 1967) est devenu directeur de la cellule stratégique du cabinet sans avoir une expérience en finance. Mais Didier Reynders l’envoie au front "à sa manière, avec calme" en lui disant "tu peux le faire". Cela l’aide à surmonter ses angoisses. Au plus fort de la crise bancaire où les nuits blanches défilent sans qu’on s’en rende compte, il fait partie des rares qui n’ont pas connu de "burn out"…

C’est en 2019 que Pierre Wunsch, logiquement étiqueté MR, deviendra gouverneur de la Banque nationale, à la place de Jan Smets (CD&V). La décision a été entérinée la semaine dernière par le gouvernement (LLB du 25 février).

Tâche délicate

Selon ses propres dires, durant sa jeunesse, Pierre Wunsch avait les idées tout comme les amitiés plutôt à gauche. C’est au gré des opportunités de son parcours professionnel qu’il a rejoint le camp MR.

Ce fils d’un professeur de démographie à Louvain, affiche dès son plus jeune âge un "goût pour la chose publique, pour l’histoire et la politique au sens large". Après une licence en sciences économiques (avec grande distinction), il a fait un master à Princeton avant de devenir assistant à l’UCL. Sa première expérience en politique se fait au cabinet de feu le secrétaire d’Etat Eric André. Il est aussi passé par le secteur privé, chez Tractebel.

Celui qui écrit des romans de "politique-fiction" à ses heures perdues a le profil de l’intellectuel. Ce qu’il aime, en tant que directeur à la Banque nationale, c’est "éclairer le débat économique". Une tâche délicate dans le contexte belge.

Il deviendra gouverneur à un moment où le comité de direction sera ramené à 6 personnes (contre 8 actuellement). Il devra être à l’écoute de toutes les tendances politiques, en particulier de la N-VA, première formation politique du pays. Mais il sera aussi appelé à faire le trait d’union, comme il le fait déjà maintenant, avec la Banque centrale européenne, où est centralisée la supervision bancaire pour les principales institutions financières européennes.

Des défis importants pour un homme qui se dit aussi friand des jeux de rôle. Ce qui pourrait lui être utile dans ses futures fonctions….