Entreprise

Le groupe minier américain Freeport-McMoRan, spécialisé dans le cuivre, le molybdène et l’or, a annoncé lundi être parvenu à un accord avec la chinoise China Molybdenum Co (CMOC), par lequel celle-ci lui rachète les 56 % qu’il possède dans la Société minière de Tenke Fungurume (SMTF) au Katanga. 

La vente doit se conclure définitivement à la fin 2016, pour 2,65 milliards de dollars, avec possibilité de versement supplémentaire d’un maximum de 120 millions de dollars si le prix moyen du cuivre dépasse 3,5 dollars la livre et celui du cobalt 20 dollars la livre entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2019.

Selon nos informations, CMOC reprendrait aussi 2 milliards de dette de TF Holding, société par laquelle Freeport agit à Tenke Fungurume, soit un prix total de 4,65 milliards.

Un quart de la production congolaise

SMTF est un des plus grands projets miniers en cours au Congo (204 000 t de cuivre en 2015, soit 20 à 25 % de la production congolaise, et 16 000 de cobalt) et la mine la plus moderne du pays, avec un minerai de cuivre d’une teneur parmi les plus riches de la planète. La concession s’étend sur 1 600 km², à 180 km de Lubumbashi. Elle est exploitée à ciel ouvert par 3 500 salariés et autant de sous-traitants. Les actionnaires minoritaires sont la canadienne Lundin (24 %) et l’entreprise publique congolaise Gécamines (20 %).

Selon les informations de "La Libre Belgique", cette vente est la conséquence de mauvaises décisions de l’ancien patron de Freeport-McMoran, Jim Moffet, qui avait imposé à son conseil d’administration, en 2013, un investissement colossal dans le pétrole aux Caraïbes et en Californie. En 2014, survenait la chute des prix miniers. Jim Moffet avait démissionné, il y a un an, mais l’entreprise était restée en difficulté.

L’endettement du groupe pour ce - trop - gros investissement s’était fait sur notoriété et les autorités bancaires américaines, jugeant que les ratios de solvabilité n’étaient pas respectés, avaient donné jusqu’au 30 juin à l’entreprise pour régler ses affaires. Freeport-McMoRan a donc préféré vendre.

La décision a été très mal accueillie par le personnel non américain de Tenke Fungurume, très fier de travailler pour une grande multinationale américaine, les employés congolais ont été particulièrement attristés par la nouvelle tombée lundi, nous indique une source à Lubumbashi.

Désinvestissement ?

Dans d’autres milieux, on s’inquiète de voir à nouveau une entreprise chinoise emporter le morceau. Et l’on se demande si on n’assiste pas à un désinvestissement américain en Afrique et, plus particulièrement au Congo, où l’on s’attend à des troubles sociopolitiques alors que le président Joseph Kabila tente de s’incruster au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles.

"Cela n’a rien à voir avec les choix de la diplomatie américaine , commente pour "La Libre Belgique" une source bien informée. Mais il est vrai que si Donald Trump devait remporter l’élection aux Etats-Unis, les investisseurs américains auraient le sentiment d’être moins protégés par leur gouvernement, car il ne s’intéresse absolument pas à l’Afrique." Marie-France Cros