Entreprise

ENTRETIEN

Six pages. Le volet `recommandations´ ne fait que six pages dans le rapport de la Commission Sabena. Et encore, aux yeux de pas mal d'observateurs, celles-ci ne brillent pas par leur densité. `Les recommandations sont intéressantes à certains égards mais souvent insuffisantes, voire un peu naïves. Par exemple, la commission Sabena évoque la nécessité de revoir la législation sur le concordat, afin de donner une véritable seconde chance à une entreprise en difficulté. Pourtant, ce que les parlementaires suggèrent existe puisque la loi sur le concordat a été modifiée en 1997. Chaque fois qu'un drame économique ou social a lieu, la tentation est forte d'en conclure que le cadre légal est inadapté. C'est encore le cas ici. Le problème tient moins à la loi elle-même qu'aux circonstances dans lesquelles la Sabena a demandé le concordat. Je le répète, l'outil législatif existe aujourd'hui et il n'est pas inadapté´, explique Nicolas Thirion, chargé de cours à l'ULg et spécialiste des entreprises publiques. Pour l'universitaire, la Commission Sabena fait également preuve de naïveté lorsqu'elle appelle de ses voeux `que les principes de bonne administration soient appliqués dans toutes les entreprises publiques ou commerciales dans lesquelles l'Etat a une participation´. `La loi de 1991 sur les entreprises publiques autonomes - Belgacom, SNCB, Poste, Belgocontrol, Biac - avait déjà anticipé certaines réformes en matière de corporate governance comme par exemple la séparation du conseil d'administration et du comité de direction´, dit-il.

Nicolas Thirion se dit également frappé de lire `qu'en cas de cession d'une participation par les pouvoirs publics, la convention avec le repreneur doit préciser clairement les droits et les obligations de chacune des parties´. `Ce n'est pas avec des conventions signées avec un repreneur que l'on pourra résoudre les problèmes de fond. Il est illusoire de croire qu'en se retirant du capital d'une entreprise publique, l'Etat gardera une influence déterminante sur les grandes décisions stratégiques de l'entreprise et sera en mesure d'éviter des drames sociaux. Il faut savoir ce que l'on veut: si on abandonne la majorité - en d'autres mots si on opte pour la voie de la privatisation - il faut assumer les conséquences de ce choix et accepter de voir la destinée de l'entreprise dans d'autres mains. Le risque d'avoir à faire à des investisseurs peu scrupuleux existe dès que l'actionnaire public décide de se retirer´.

Enfin, pour Nicolas Thirion, la Commission Sabena n'a pas répondu au débat de fond, celui qui consiste à se demander `dans quels secteurs l'Etat a intérêt à rester un actionnaire public fort et si ce dernier doit s'y comporter comme n'importe quel investisseur privé ou s'il doit jouer un rôle plus social en défendant l'intérêt collectif´.

© La Libre Belgique 2003