Entreprise

Dans le Hainaut, une vingtaine d’entreprises (région de Le Roeulx) pleurent pour obtenir de la Région wallonne le paiement des épandages de sel menés depuis novembre 2009. Montant total des factures en souffrance : 3 millions d’euros. Raison de ces lenteurs : un couac administratif.

"Le dossier est coincé à l’administration, apparemment au niveau de l’Inspection des Finances, explique Manu Delhove, l’un de ces entrepreneurs de voiries. Les conséquences pour nous sont dramatiques. Certains ont pu obtenir de leur banque un crédit pont mais les autres - une dizaine - n’ont pas pu payer l’ONSS et la TVA Ils n’ont donc plus l’attestation de "bon entrepreneur" qui est nécessaire pour soumissionner dans le cadre des marchés publics."

Par conséquent, les 20 entrepreneurs ont saisi la Confédération de la construction, l’organisation professionnelle qui les représente, pour faire bouger le dossier auprès du ministre wallon des Travaux publics, Benoît Lutgen (CDH). "Nous sommes confrontés à plusieurs risques de faillite", ajoute-t-il.

Au fait, d’où vient le problème ? Florence Reuter, députée wallonne MR, a son idée sur la question. Ayant taquiné à plusieurs reprises Benoît Lutgen sur la question du paiement des entrepreneurs de travaux publics, elle a mené sa petite enquête personnelle

Résultat : "Ces retards, qui concernaient bien d’autres entrepreneurs qui depuis ont été payés, sont dûs à un nouvel arrêté de délégation de pouvoir au sein de la direction générale des Routes", précise Florence Reuter.

Selon la députée libérale, seul le directeur général de cette administration est désormais habilité à signer les factures. Auparavant, ce type de décisions était pris par les directeurs des services extérieurs. "Mais ces derniers ont malgré tout signé et envoyé les documents à la comptabilité qui a invalidé les factures. Le DG va devoir tout réexaminer et tout signer seul Or, en moyenne, cette direction générale reçoit 420 nouvelles factures par mois !"

Du côté de l’administration wallonne, on regrette bien entendu la situation. "Il y a eu une série de problèmes à plusieurs niveaux mais le dossier est repris en main. Ces entrepreneurs seront payés le plus rapidement possible", rassure Laurence Zanchetta, la porte-parole de la direction générale "Routes".

Toutefois, si cette histoire hennuyère est interpellante, l’inertie wallonne en matière de paiement des factures pour les travaux publics serait en réalité générale. A cet égard, Vincent Reuter, administrateur délégué de l’UWE (Union wallonne des entreprises), attaque la mauvaise gouvernance des majorités wallonnes successives.

"La quantification exacte des dettes envers les prestataires extérieurs est impossible car la Région wallonne n’a pas de facturier d’entrée, comme cela existe dans toute entreprise. Comment voulez-vous qu’on s’y retrouve ?, s’indigne-t-il. Le règlement de cette carence n’est jamais repris parmi les priorités du gouvernement wallon Mais peu d’entreprises se plaignent publiquement car elles ont peur des représailles dans l’attribution ultérieure des marchés."

Problème pour l’UWE : comme l’expliquait Manu Delhove, les entreprises ont tendance à s’adresser à la banque pour préfinancer les travaux commandés par la Région car elles savent qu’elles ne seront pas payées à temps. "Il y a alors une cession de dettes vers la Région wallonne et, automatiquement, le dossier passe au service Contentieux. Cela a pour effet de tout bloquer et d’occasionner un délai supplémentaire dans le règlement des factures. Actuellement, plusieurs millions d’euros sont coincés pour cette raison", affirme Vincent Reuter.

Il en profite pour dénoncer ce qu’il perçoit comme une incohérence politique : "D’un côté, la Région n’honore pas ses factures et met les entreprises en difficulté. De l’autre, ces mêmes entreprises reçoivent des aides de la part des organismes régionaux de développement économique et ils paient des intérêts sur ces montants. Cette politique est vicieuse. On donne d’une main, avec intérêt, ce qu’on n’a pas donné de l’autre "