Entreprise

Depuis plusieurs années, l'OCDE a publié de nombreux ouvrages sur la question et les études effectuées dans les services de la Banque mondiale montrent combien il est difficile de faire reculer la corruption organisée dans certaines zones de la planète. L'intérêt de la discussion est de réunir des expériences croisées entre le monde de l'entreprise, les pouvoirs politiques et les observateurs de terrain que sont les universités. Les divers témoignages et interventions ont contribué à souligner la nécessité d'adopter un front commun entre les différents acteurs, et en particulier entre les entreprises privées et les pouvoirs publics.

Le monde de l'enseignement n'était pas absent du colloque. Et sous une forme originale. Plusieurs dizaines de business schools avaient été sélectionnées dans le monde entier pour participer à une table ronde organisée par vidéo-conférence. La particularité de l'exercice consistait à répartir les interventions des étudiants sur une période de plus de 24 heures, alternant les différents fuseaux horaires par tranche de deux heures, et donnant la parole aux business schools du monde entier les unes après les autres.

La Vlerick School et l'Ichec représentaient la Belgique dans ce cénacle d'institutions. Des étudiants, ayant choisi l'orientation du management international, ont eu ainsi l'occasion d'exprimer leurs idées et, surtout, leurs suggestions pour combattre la corruption. Comme cela fut souligné en introduction à l'opération, il est essentiel que les étudiants puissent ainsi exprimer leur sentiment face à cette question. Ils sont, en effet, les citoyens de demain, mais surtout les leaders économiques du monde à venir.

La mission des écoles de gestion est non seulement de former des citoyens, mais des leaders responsables. Et cette mission ne peut consister à inscrire un cours de base de l'éthique ou de la morale des affaires (Ethics 101) dans un programme, car la véritable mission de sensibilisation des futurs leaders passe par une coloration éthique et responsable de tous les cours du programme.

Un cours de matières juridiques ou de macroéconomie, donné dans une école de gestion, n'a pas la même signification que le même cours donné en Faculté de Droit ou en Faculté d'Economie. Il s'agit davantage de montrer comment le respect des règles juridiques, légales ou de concurrence peut-être compatible avec une saine gestion. Il s'agit davantage de préciser comment les matières soi-disant "objectives" ou "positives" sont en réalité des manières de guider un comportement responsable des décideurs.

En matière de finance ou de gestion des ressources humaines, cette implication du savoir-être dans la compétence abstraite prend également tout son sens. C'est à cette condition que les écoles de gestion rempliront leur rôle en soutien aux initiatives publiques ou du monde de l'entreprise. Et comment ne pas évoquer le partenariat indispensable entre le milieu académique et le monde de l'entreprise. Aussi bien formés soient-ils, les étudiants qui sortent des business schools ne deviennent pas CEO en un seul jour.

Ils n'accèdent pas immédiatement à de hauts postes de responsabilité et doivent perfectionner leur formation à l'aune de la culture de l'entreprise qui les emploie. On perçoit le risque qui consiste à ne pas soutenir les attitudes et les opinions des jeunes diplômés par une politique managériale éthique et responsable. Et le risque de ne pas donner à une génération nouvelle sa chance de changer le monde en fonction de valeurs qui sont les leurs.

Des partenariats étroits entre l'entreprise et l'université (chaires, fondation, recherche,...) permettent de garantir un engagement des acteurs de la société pour repousser les frontières de la corruption qui, faut-il le rappeler, ne concerne pas seulement les acteurs majeurs ou les zones défavorisées du monde. La responsabilité du monde académique est celle de chaque école de gestion. Y compris et peut-être surtout en Europe.

D'une part, parce que la perspective de l'harmonisation européenne de l'enseignement supérieur (processus de Bologne) va placer les institutions européennes dans une situation de concurrence et de recherche d'accréditation, et la question des missions et des valeurs y est centrale. D'autre part, parce que le modèle européen de l'école de gestion constitue pour beaucoup de zones du monde comme la seule alternative crédible au modèle américain dominant de business school.

L'Europe - et pourquoi pas la Belgique dans son positionnement central - permet d'offrir une formation et une recherche en gestion de qualité internationale associée à un contexte historique et culturel spécifique. La constitution, ces jours-ci, de la Louvain School of Management (qui associe les écoles de gestion des quatre universités de l'Académie Louvain et l'ICHEC) en est un exemple, la nouvelle institution se voulant "un espace universitaire d'enseignement, de recherche et de service, caractérisé par la qualité et la rigueur, la responsabilité, la tolérance, la liberté et l'accueil".