Entreprise

BILAN

EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Emmenées par le ministre wallon de l'Economie, Serge Kubla (MR), plus de 120 entreprises belges ont participé (du 14 au 21/03) à la plus importante mission économique jamais organisée par l'Agence wallonne à l'exportation (Awex) en République démocratique du Congo (RDC). Sur place, l'activité était intense tant les sollicitations des Congolais sont importantes. De retour au bercail, l'heure du bilan a sonné. Pour Henri Chalon, directeur Afrique, Proche et Moyen Orient de l'Awex, il est loin d'être négatif. «La mission était notamment composée d'entreprises de 4 grands secteurs: les transports, la santé, les bureaux d'études et la formation. Des dossiers ont été concrétisés, même s'il reste encore la touche finale à apporter. Il y a eu la signature de la convention de la grappe fluviale à laquelle participent 6 entreprises wallonnes. Le but est de développer des projets commerciaux autour du fleuve Congo principalement entre Bandaka et Kinshasa. Il faut relever le partenariat entre la Société wallonne de distribution d'eau (SWDE) et la régie des eaux au Congo qui vise à permettre à l'opérateur congolais de bénéficier d'expertise en matière de gestion et de facturation», détaille Henri Chalon. Il rappelle le projet de relance du transport urbain à Kinshasa porté par deux sociétés belges (AP Trans et TPF Chapeaux International) avec le soutien des Tec wallons et de la société Atac (Rome).

Même s'il ne constitue qu'une goutte d'eau dans le secteur médical qui affiche un déficit saisissant, le projet de réhabilitation de l'hôpital de Sendwe à Lubumbashi apportera du baume au coeur des responsables de l'institution. Depuis des mois, le personnel médical n'est pas payé et le matériel médical fait cruellement défaut. Ce projet que Serge Kubla s'est engagé à défendre jouira de l'aide technique des universités libre de Bruxelles (ULB) et catholique de Louvain (UCL). «Nous essayons aussi de voir comment la coopération belge pourra intervenir», poursuit-il.

Même si le bilan est globalement positif, on est encore loin du retour des grands investissements belges au Congo. Plusieurs raisons expliquent la prudence des grandes entreprises belges. «Le Congo n'offre pas encore suffisamment de garantie et de sécurité. Il y a aussi l'instabilité politique et la trop grande importance du secteur informel qui représente près de 70 pc. Actuellement, seules les PME s'intéressent à ce grand pays d'Afrique centrale parce qu'elles ont un objectif à court terme. Elles vendent des équipements et des services et le paiement se fait cash», dit un patron d'entreprise bruxellois. L'absence de couverture officielle des risques par le Ducroire explique la retenue des grands investisseurs belges, mais elle tient du mauvais classement du Congo en matière de risque.

En matière d'énergie, les opportunités ne manquent pas, mais pour un responsable de Tractebel qui participait à la mission, il est trop tôt pour opérer un retour en force dans l'ex-Zaïre. Le groupe pourra néanmoins participer ponctuellement à des appels d'offres dont le financement est assuré par les bailleurs de fonds et en partenariat avec des acteurs locaux. «Les entreprises du secteur formel sont soumises à une pression fiscale telle qu'elles sont de mauvaises ambassadrices pour de grandes sociétés qui voudraient venir au Congo. D'où les demandes d'élargissement de l'assiette fiscale pour alléger la charge des entreprises», note Henri Chalon, précisant que le retour (quoique timide) des investisseurs s'explique notamment par le regain d'intérêt des bailleurs de fonds (FMI, Union européenne, etc.) pour le Congo. Ils ont actuellement déboursé un budget de près de 4 milliards de dollars en faveur du pays. Par ailleurs, la stabilité qui s'installe progressivement et l'appel lancé par le président Joseph Kabila lors de sa visite début février en Belgique ont aussi contribué à décider les entrepreneurs belges.

Sans pour autant jouer les oiseaux de mauvais augure, Henri Chalon estime qu'il faudra du temps pour remettre l'activité économique au Congo sur de bons rails. «Les Congolais ont touché et il y a des signes d'espoir, mais il y en a pour une génération pour autant que la paix s'installe durablement. Il faut prendre des mesures pour redonner confiance aux entreprises, car tout est à reconstruire. Il n'y a plus de réseau institutionnel dans le pays, ni d'administration efficace. Comment voulez-vous que les entreprises se lancent dans des opérations à long terme», conclut Henri Chalon. Il précise aussi que le secteur agricole doit aussi être l'objet d'attention notamment de la part de la Coopération technique belge. Il estime qu'il faut une remotivation de la population locale. Quid des Sud-Africains qui semblent supplanter les Belges? «C'est vrai qu'ils sont arrivés en force, mais ils sont dans des régions comme le Katanga. À cause de l'état de délabrement des infrastructures routières, la région s'est tournée vers le sud-est et exporte ses produits via la Zambie et l'Afrique du sud. Les Sud-Africains ont fait beaucoup de promesse, mais il faut voir la réalité des choses», conclut-il.

© La Libre Belgique 2004