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Ecrivaine polyvalente (roman, nouvelle, conte,...), Anna Gold s’est depuis longtemps intéressée à la cause des femmes. Son dernier ouvrage "La réussite au féminin", vient de paraître (1). A l’aide d’exemples, d’anecdotes et sur base de sa propre expérience, de recherches et de nombreuses rencontres, elle livre sa vision de l’évolution de la réussite au féminin. Elle y évoque les progrès, les obstacles ou encore les discriminations qui existent toujours. Elle parle de l’amour - "Du mariage arrangé à l’union libre, la route a été longue et sinueuse" -, de la grossesse et de la maternité, du droit à l’avortement, de la mode, de la publicité - parfois sexiste - et de la simplification des tâches ménagères par la technologie naissante - "Mais tout cela a un prix" - de l’art - "Seuls 10 % des artistes reconnus sur la scène internationale sont des femmes" -, de la politique - "Le système a besoin des femmes pour concevoir une autre politique et, en conséquence, la société de manière différente" - ou encore de l’argent et du travail. Une thématique qui nous intéresse plus particulièrement.

Vous évoquez plusieurs obstacles au développement de la carrière d’une femme, dont la maternité. Est-ce un frein important ?

Cela l’est encore, surtout dans les PME qui n’ont pas les mêmes moyens que les grandes entreprises pour procéder à des remplacements lors du congé de maternité. Certaines femmes doivent même arrêter de travailler dès les premiers mois de grossesse. C’est une catastrophe pour une petite structure. J’ai discuté avec pas mal de patrons de PME qui m’ont dit qu’ils avaient souvent face à eux des jeunes femmes très qualifiées mais qu’ils hésitaient à les engager parce qu’ils avaient peur qu’à un moment elles ne tombent enceintes. C’est dommage de se passer de ces talents. L’avenir est dans les PME qui ont encore le potentiel de se développer et d’offrir des emplois dans le futur.

Quelle(s) solution(s) suggérez-vous ?

On pourrait imaginer des subsides pour aider les PME à pouvoir remplacer leurs employées qui sont en congé de maternité. L’Europe pourrait aussi avoir un rôle à jouer. Il faut en tout cas agir pour aider les femmes à avancer dans leur carrière malgré une grossesse. Sinon, soit elles vont se freiner et opérer un retour en arrière, soit elles risquent de retarder leur maternité. Avec le danger que cela représente pour la démographie du pays.

Qu’en est-il de la "taxe femme" dont vous parlez ?

Son principe est que les femmes doivent être plus compétentes pour se faire valoir. Elles doivent en faire plus pour qu’on admette qu’elles sont l’égal des hommes. A une réunion récemment, un homme a fait la remarque suivante : "Je suis patron d’une PME qui compte plusieurs femmes extraordinaires, qui ont des enfants en bas âge. Elles demandent que les réunions soient programmées le mercredi après-midi. Je ne comprends pas pourquoi." Elles le font sans doute car elles veulent montrer qu’elles ne sont pas obligées de s’occuper des enfants le mercredi après-midi. Qu’on peut compter sur elles. C’est dommage de devoir agir ainsi.

Les femmes doivent donc assumer le fait qu’elles sont femmes et mères ?

Bien sûr. Elles doivent oser dire : "Je suis une mère, mais cela ne m’empêche pas de faire mon travail. Je ne suis pas au bureau le mercredi après-midi pour m’occuper de mes enfants, mais mon travail n’est pas négligé pour autant." Les femmes négocient aussi souvent leur salaire en évoquant la possibilité d’avoir du temps à consacrer à leurs enfants. Pourquoi doivent-elles le demander ? Cela devrait se faire naturellement. Chez Google, par exemple, on permet aux femmes de rentrer chez elles plus tôt et de faire leur travail à l’heure qui les arrange. Les femmes ne doivent pas faire du mimétisme par rapport aux hommes.

On retrouve aujourd’hui quelques femmes au top des entreprises. Que dites-vous de cette évolution ?

Je pense que le changement est en marche. Certaines femmes parviennent à imposer leur façon de voir les choses. Au féminin. C’est de cela dont la société a besoin. Quand je vois l’exemple de Mary Barra, la PDG de General Motors depuis décembre2013, je me dis que le poste lui a été confié notamment parce que le constructeur avait joué toutes les cartes masculines - quatre PDG en cinq ans - mais sans succès. De plus, en matière de réussites automobiles, elle avait déjà réalisé de belles performances. Son approche est différente de celle des hommes.

Vous ne vous considérez pas comme féministe.

Non pas du tout, mais je crois que si j’avais écrit mon livre dans les années70, j’aurais parlé de féminisme. Les choses ont changé. Les jeunes ne se reconnaissent plus dans les féministes qui ont une image assez négative. Nous ne sommes plus dans le combat. C’est fini la dynamique des femmes contre les hommes. Il n’est pas question d’agir contre les hommes. Mais avec eux. D’ailleurs ceux-ci nous font de la place, même s’il reste certains obstacles. Nous sommes aujourd’hui dans une image positive. C’est pour cela que je parle de "réussissantes", de "réussite au féminin". Il n’est pas question d’être des hommes pour réussir. J’aime beaucoup cette phrase de l’écrivaine Katherine Mansfield qui dit : "Je souhaite tout ce que je suis capable de devenir". On peut s’autoriser le droit d’être heureuse. C’est nouveau. Et je constate que les hommes sont très contents de cette évolution. Ils n’ont pas nécessairement envie d’être des rocs. L’homme moderne bénéficie des avancées que les femmes ont apportées. Les hommes, eux aussi, ont envie d’un autre modèle professionnel.

Quel est votre message ?

J’ai envie que les femmes soient vues positivement, qu’elles soient perçues comme "des réussissantes" et qu’on reconnaisse clairement leur apport dans la société. Mon rêve est que les femmes et les hommes soient, tous les deux, les ambassadeurs de la réussite. Si j’ai réussi à faire passer le message, j’aurai fait du bon boulot.


(1 )Anna, Gold, "La réussite au féminin", Editions Vitamines, février 2014, 254 pages, 21 euros.