Entreprise

Fin juin, Hotmail et Messenger ont changé de la cave au grenier. Côté Hotmail, vous pouvez désormais ajouter l’ensemble de vos contacts dans les réseaux sociaux (Facebook, Netlog ) à votre carnet d’adresses et importer votre flux personnel sur Facebook (statuts, commentaires ) dans votre compte de messagerie. Côté Messenger, vous pouvez (enfin) synchroniser votre statut de messagerie instantanée avec celui des autres plates-formes sociales où vous êtes actif. Dans le même registre, ces deux services s’ouvrent également à YouTube, deux utilisateurs de Messenger pouvant ainsi partager une vidéo au sein d’une fenêtre de conversation commune.

Ces multiples nouveautés, qui vont arriver progressivement sur votre ordinateur d’ici septembre, sont dictées par une question stratégique dans le chef de Microsoft : comment rester pertinent à l’heure où Google, Facebook, Twitter, Netlog tiennent le haut du pavé et changent les règles du jeu ? Dans les chiffres, Hotmail et Messenger demeurent certes des services extrêmement populaires sur la planète. En Belgique, Messenger affiche ainsi quelque 3,5 millions d’utilisateurs, tandis que Hotmail recense plus de 4,6 millions de propriétaires de compte qui envoient chaque mois 32 millions de messages. Microsoft doit cependant compter avec la montée en puissance d’un acteur comme Facebook, qui en quelques années a conquis un internaute belge sur deux (LLB du 12/06/2010) et atteint une masse critique assez comparable. Or, ce même Facebook ne cache pas son ambition de s’imposer comme le "système d’exploitation du web" qui permet aux internautes d’effectuer les tâches les plus courantes y compris celles remplies par Hotmail et Messenger.

Pour la société fondée par Bill Gates, la menace est d’autant plus forte que Facebook et ses pairs commencent à drainer une part significative de l’activité en ligne. Selon une récente étude du cabinet comScore, les surfeurs belges passent 16 % de leur temps de connexion dans les réseaux sociaux. De leur côté, la messagerie instantanée et l’e-mail réalisent un score équivalent mais tendanciellement en déclin. "Depuis quelques mois, nous voyons effectivement un léger tassement dans le nombre de comptes sur Messenger", concède Jean-Benoît van Bunnen de Microsoft Belgique. Or, le "temps de cerveau disponible" est un critère important lorsqu’il s’agit de monétiser des outils gratuits comme Hotmail et Messenger auprès des annonceurs.

Dans une perspective plus large, Microsoft ne pouvait ignorer plus longtemps une mutation plus profonde encore, qui voit les grandes enseignes du web (eBay, Amazon, Twitter ) ouvrir massivement leurs entrailles à des développeurs externes. Ceux-ci peuvent y puiser librement des données et les recycler pour un autre usage, ce qui favorise l’implantation de ces acteurs au sein du réseau. A nouveau, Facebook fournit un exemple emblématique avec ses milliers d’applications développées par un écosystème d’éditeurs tiers qui, pour certains, en tirent des profits significatifs. Longtemps, les produits de Microsoft ont fonctionné en vase clos, dans un environnement estampillé exclusivement aux couleurs de l’entreprise. Aujourd’hui, le géant mondial du logiciel est obligé de s’ouvrir au monde extérieur sous la pression de nouveaux concurrents plus souples et plus agiles.

Une rivalité accrue qui amène aussi Microsoft à plus d’humilité dans son positionnement. Face à l’explosion des médias sociaux et du contenu produit par les utilisateurs, Messenger et Hotmail se profilent à présent comme des filtres qui permettent de lutter contre l’"infobésité", c’est-à-dire la surabondance d’informations qui ne cessent de nous envahir à travers les canaux numériques. Dans ce flux permanent de sollicitations, Microsoft entend fournir la plaque tournante, le tableau de bord idéal qui aide les consommateurs à éliminer le "bruit" et se concentrer sur l’essentiel : amis, travail et loisirs même si cette démarche suppose d’intégrer des canaux de communication qui n’appartiennent pas à la société fondée par Bill Gates. "Usership" vs. "Ownership". Pour Redmond, le temps de la domination sans partage sur le marché informatique est bel et bien révolu.