Entreprise

Le projet du gouvernement Papillon est de relever l’âge minimum pour pouvoir partir en prépension : de 58 à 60 ans. Toutefois, pour avoir droit la prépension, il faudra 40 annuités de travail et non plus 38. Donc, pas de retraite avant minimum 62 ans.

- Robin ! Robin ! Qui profite du fait que je travaillerai plus longtemps ?

- Assieds-toi deux minutes, je t’explique.

La Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) préconise d’adapter les pensions à l’espérance de vie. A première vue, cela ne semble pas illogique : si on vit plus vieux, il faut travailler plus longtemps. Ce qui est perturbant, par contre, c’est qu’il y a près de 600 000 chômeurs en Belgique. Alors pourquoi travaillerions-nous plus, alors que d’autres n’ont pas de boulot ? Réponse de la FEB : "A relativement court terme, des tensions apparaîtront sur le marché du travail en raison de l’entrée d’un moins grand nombre de jeunes, avec, pour conséquence, des tendances salariales inflatoires et une dérive salariale résultant des pénuries." (1)

Avec le décodeur, cela donne : s’il y a moins de chômeurs, il y a moins de personnes "disponibles" sur le marché de l’emploi. Dans ce cas, si les travailleurs demandent une hausse salariale, les employeurs peuvent plus difficilement la leur refuser, puisqu’il y a moins de chômeurs "disponibles" pour prendre leur place. Aussi, quand la FEB veut nous faire travailler plus longtemps, le but est de maintenir beaucoup de monde au chômage. Comme cela, les salaires restent bas. Vicieux, non ?

Certains refusent cette explication (si! si! ), et disent qu’il s’agit plutôt d’un problème de mauvaise gestion de l’argent public. Voyons voir. Actuellement, les employeurs ont déjà obtenu près de 7 milliards d’euros par an d’exonération de cotisations sociales (qu’ils appellent "charges patronales"). L’évasion fiscale est évaluée par les syndicats à 37 milliards par an. Mais c’est sans compter les 14 milliards qui s’évadent chaque année de la Belgique, parce que 50 grandes entreprises ne paient, en moyenne, que 0,57 % d’impôt (alors qu’elles devraient en payer 33,99 %). Alors ? Mauvaise gestion ou choix politique ?

Autre exemple : quand le système banquier menace de s’écrouler mi octobre 2011, le gouvernement trouve 4 milliards en une nuit à injecter dans feu Dexia. En 2008, c’étaient 20 milliards pour Fortis et déjà Dexia ! C’était plus de 5 % du PIB ! En comparaison, le Comité d’Etude sur le Vieillissement estimait, en 2006, que pour financer nos pensions en 2030, il faudrait y allouer 3,9 % du PIB en plus qu’actuellement, soit 0,19 % à répartir annuellement. En 2010, cela aurait fait 660 millions. Aux banques les milliards, aux pensions les millions ? Même pas.

Autre choix politique possible pour financer les pensions : exploiter de nouvelles sources de financement, comme une véritable taxation des plus-values (actuellement, quand les entreprises ou les particuliers revendent des actions qu’ils ont achetées il y a un an, ils ne sont pas taxés sur les bénéfices qu’ils font), ou encore un impôt sur les (grosses) fortunes (qui rapporterait minimum 8 milliards/an).

- Mais Robin, pourquoi volerais-tu "les riches" ? - Je ne vole pas les riches, dit Robin en sortant le Bulletin de Documentation du Service public fédéral Finances de son carquois. Et il se mit à lire d’une voix claire : "C’est bien une baisse structurelle et significative de la part salariale, effective ou corrigée, que l’on observe depuis le milieu des années 80 par rapport à la situation de la première moitié des années 70." (2) "La répartition des richesses se fait au profit des détenteurs du capital et au détriment des travailleurs depuis plus de 30 ans. Je ne vole pas. Je reprends ce qu’ils nous ont pris, et je le redistribue."

(1) Masterplan FEB fin de carrière, 07 juillet 2004, p.7. Disponible sur : http://vbo-feb.be/media/uploads/public/_custom/files/fr_masterplan_feb.pdf

(2) Bulletin de Documentation du Service public fédéral Finances, 3e trimestre 2009 http://docufin.fgov.be/intersalgfr/thema/publicaties/documenta/2009/BdocB_2009_Q3f_Savage.pdf