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Comme annoncé ce mardi, Ryanair a confirmé qu'il allait opérer une liaison aérienne pour la première fois vers Brussels Airport.

Lors d'une conférence de presse, Michael O'Leary a annoncé que la compagnie aérienne à bas coûts volera quotidiennement vers Zaventem depuis Rome Fiumicino. Mais ce n'est pas tout.

Dès le 14 février, quatre avions seront basés à Zaventem, pour 10 destinations : Lisbonne, Porto, Barcelone, Palma de Majorque, Alicante, Ibiza, Valence, Malaga, Venise et Rome. Pour un total de 196 vols hebdomadaires. La compagnie vise les 1,5 millions de passagers par an.

Ryanair pose donc ses ailes dans les grands aéroports internationaux, alors qu'elle privilégiait jusqu'ici les destinations plus excentrées.

"Nos prix seront deux fois moins chers que ceux de Brussels Airlines", a annoncé le fantasque patron irlandais. "Il y aura dix nouvelles routes avec des fréquences quotidiennes – voire plusieurs par jours. Idéal pour les passagers d’affaires ou les familles." Vu les destinations proposées, l'on peut s'interroger sur la cohérence entre certaines destinations et le public d'affaires recherché... Cependant, le site de Ryanair est déjà à jour et il est possible de réserver un vol Bruxelles-Rome pour le 1er mars.

Le patron de la société aérienne a aussi affirmé qu'"il y aura un marché pour Zaventem et Charleroi. C'est une bonne nouvelle pour les deux et pour la Belgique".

Répondant à une question sur le fait que Brussels airport n'était pas au courant de ces plans, Michael O'Leary a rétorqué que "ils ne sont pas au courant de beaucoup de choses à Zaventem".


Préoccupé, Antoine en appelle à une "paix du ciel"

Le ministre wallon de la Politique aéroportuaire André Antoine en a appelé à une "paix du ciel" entre les aéroports de Bruxelles (Zaventem) et de Charleroi (Gosselies), se disant préoccupé par l'annonce de Ryanair. "On pourrait se partager le ciel, avoir une paix du ciel", a lancé le ministre cdH, interrogé en marge de la séance plénière du parlement wallon.

"Nous avions chacun notre coin de ciel: les vols long courrier à Zaventem, le low cost à Charleroi. Dès lors que Zaventem s'est ouvert au low cost, Ryanair s'y est engouffré."

M. Antoine rencontrera en début de semaine prochaine le patron de Ryanair, Michaël O'Leary, qui a annoncé mercredi l'ouverture de 10 liaisons aériennes depuis Brussels Airport alors qu'il n'était jusqu'ici présent en Belgique qu'à l'aéroport de Charleroi.

"Qu'entend-il par 'Charleroi reste notre position principale'?", se demande M. Antoine. "J'entends qu'il y ait des projets de développement et de croissance pour la région de Charleroi", a-t-il ajouté, rappelant les projets régionaux d'extension de l'aérogare, divers aménagements d'infrastructure, etc. "Je veux voir quel volume d'activités" Ryanair envisage à Charleroi.

M. Antoine a répété ses critiques sur la stratégie "débridée" de Zaventem, qui "souffle des questions à la Commission européenne" et "pique le succès des autres".

Il relève que la clientèle d'affaires de Charleroi, potentiellement visée par Zaventem, n'est pas loin des 20%. "Cela me préoccupe et j'attends des précisions de Michaël O'Leary".



L'aéroport de Charleroi poursuivra son travail de développement et de diversification

L'aéroport de Charleroi (BSCA) poursuivra son travail de diversification et de développement des compagnies aériennes présentes sur son site, afin notamment de garantir la pérennité de l'emploi, a-t-il indiqué dans une brève réaction à l'annonce de Ryanair, son principal client.

Dans un communiqué, l'aéroport de Bruxelles-Sud Charleroi indique avoir "été informé, début de cette semaine, par son client principal, du commencement de certaines liaisons depuis l'aéroport de Zaventem, parallèlement aux opérations réalisées à BSCA".

"Dans ce contexte compétitif, BSCA poursuivra son travail de développement des compagnies présentes sur le site, et de diversification en vue de garantir la pérennité de l'emploi et le développement des services répondant aux attentes des passagers", conclut l'aéroport carolorégien, tout en soulignant l'extrême concurrence sévissant dans le marché de l'aviation en général et le secteur du low cost en particulier.

Le SETCa dénonce les atermoiements de la direction de l'aéroport de Charleroi

Le SETCa de Charleroi estime que l'arrivée de vols Ryanair à Zaventem (Brussels Airport) est le résultat des hésitations des responsables de l'aéroport carolo, a indiqué le syndicat. "C'est la démonstration qu'à force de tarder au niveau du conseil d'administration, tant sur les travaux d'extensions que sur l'allongement de la piste et l'extension d'une heure seulement du délai de retour des avions, on finit par jouer avec le feu", souligne le SETCa. Il évoque également la question de la construction d'une gare pour l'aéroport de Charleroi. "Nous tairons aussi l'incompétence à traiter le dossier de la gare qui remonte à 2008."

Pour le syndicat, "le ministre Antoine est bien évidemment l'un des responsables, mais objectivement, il n'est pas le seul. L'ensemble des partis au pouvoir ont largement leur part de responsabilité!"

Le communiqué souligne par ailleurs qu'un "avantage incontestable est la qualité des services que le personnel de BSCA offre à Ryanair, qui l'a régulièrement reconnu". Un avantage qui ne parvient toutefois pas à balayer complètement les craintes du SETCa en ce qui concerne les jobs saisonniers du BSCA.

Le syndicats estime que Brussels Airlines a également du souci à se faire avec la venue de Ryanair à Zaventem. "SN (Brussels Airlines) qui va mal, risque d'aller encore plus mal!", commente-t-il.

La nouvelle cible de la compagnie irlandaise est le low cost d'affaires pour la CNE

Le syndicat CNE voit dans l'implantation de Ryanair à Brussels Airport la recherche, par cette compagnie, d'un autre type de clientèle, ce qui ne devrait pas affecter la situation du BSCA. Pour Yves Lambot, permanent CNE, l'annonce de Ryanair témoigne de la volonté de cette compagnie d'atteindre une autre clientèle que celle qui utilise habituellement ses vols à Charleroi. "Selon nous, c'est particulièrement la clientèle des passagers affaires qui est visée", explique Yves Lambot. C'est surtout Brussels Airlines qui est dans la ligne de mire, estime-t-il, plutôt qu'un déplacement de la clientèle low cost qui fréquente Charleroi.

Yves Lambot veut également voir dans cette décision une possible conséquence positive pour Charleroi. "Les potentialités de Charleroi se sont notamment élargies avec l'arrivée de Pegasus. La décision de Ryanair peut aussi créer un appel d'air et nous amener d'autres compagnies", dit encore le permanent CNE

Une décision économique, selon l'association de compagnies aériennes AOC

L'association de compagnies aériennes Airline Operators Committee (AOC) se montre neutre par rapport à l'arrivée de la compagnie aérienne Ryanair à Brussels Airport. "Aussi longtemps que Ryanair n'a pas reçu de 'special deal' de l'aéroport, c'est une décision économique d'une compagnie aérienne", réagit Dieter Bruneel, directeur de l'AOC. "A court terme, c'est surtout le voyageur qui va profiter de cette situation étant donné que cela va encourager encore plus la concurrence sur plusieurs lignes. La ligne d'Alicante, par exemple, n'était jusqu'il y a peu assurée que par Jetairfly. Récemment, Vueling et Brussels Airlines se sont ajoutés et maintenant c'est au tour de Ryanair. La question est de savoir s'il est possible à long terme d'avoir autant de sièges sur cette liaison", souligne Dieter Bruneel.

Le directeur de l'AOC constate également que le modèle Ryanair est sous pression et que la compagnie aérienne irlandaise cherche des solutions de rechange. "On peut voir que Vueling prend de solides parts de marché ici et là. Avec cette initiative, Ryanair veut probablement se positionner contre cette tendance. En outre, Ryanair est en mesure de jouer une politique du 'diviser pour mieux régner' entre Brussels Airport et Charleroi, qui petit à petit sature. Dire que la relation entre les deux aéroports n'est pas au mieux est un euphémisme", observe encore Dieter Bruneel.

Enfin, souligne-t-il encore, un nouvel acteur sur le marché pourrait être une opportunité pour les sociétés de manutention, alors qu'une concurrence féroce fait rage ces derniers mois entre Aviapartner et Swissport.

Ryanair veut également s'établir à Amsterdam Schipol

La compagnie aérienne irlandaise low cost Ryanair veut se baser à l'aéroport de Schipol (Amsterdam) endéans les cinq ans, a annoncé Michael O'Leary. Il a affirmé que des discussions avec l'aéroport sont déjà en cours. Un porte-parole de Schipol a cependant nié la tenue de telles négociations. "Nous ne discutons pas avec Ryanair", a-t-il indiqué à la chaîne publique néerlandaise NOS, ajoutant que c'est à la Stichting Airport Coordination Netherlands, la société gérant les slots, d'autoriser les compagnies aériennes sur les aéroports bataves.

Airport Coordination Netherlands a indiqué à la NOS que Ryanair avait effectivement introduit une demande de droits de décollage et d'atterrissage pour l'été prochain avant de la retirer.

Les plans de O'Leary correspondent en tout cas avec la nouvelle stratégie de Ryanair. La compagnie irlandaise vole actuellement surtout vers des aéroports régionaux, situés à des distances parfois conséquentes des grandes villes. Pour les prochaines années, Ryanair vise également les aéroports internationaux, comme le montre le déploiement de la compagnie à Brussels Airport. Ryanair veut dorénavant aussi s'établir à Schipol, le quatrième aéroport par trafic passagers en Europe avec plus de 46 millions de voyageurs par an.