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La compagnie aérienne à bas coût Ryanair a accusé mardi le principal syndicat espagnol de pilotes d'entraver un accord sur une hausse des salaires, tout en réaffirmant son intention de négocier pour reconnaître des syndicats en Espagne et ailleurs.

Ryanair, fondée en 1984, s'est bâtie en refusant les syndicats. Elle a amorcé un virage fin décembre face à la menace de grèves historiques de ses pilotes en Italie, en Irlande et au Portugal. En janvier, la compagnie a reconnu pour la première fois un syndicat de pilotes au Royaume-Uni.

L'Espagne, qui fournit 27% du trafic de Ryanair, "est très importante pour nous, c'est pour cela que nous voulons arriver à un accord avec (le syndicat) Sepla. Nous allons reconnaître les syndicats espagnols. Nous sommes sérieux là-dessus", a déclaré le PDG Michael O'Leary lors d'une conférence de presse à Madrid.

Mais "nous leur avons écrit deux lettres (en janvier), leur offrant un accord de reconnaissance et une hausse de 20% du salaire des pilotes espagnols. Sepla n'a pas répondu à ces lettres et la hausse de 20% est en retard", a-t-il expliqué.

Ryanair va donc maintenant écrire directement aux pilotes pour leur proposer cette hausse, "tandis que nous continuerons d'essayer de finaliser l'accord avec Sepla", a-t-il ajouté.

"Il n'y a pas de conditions" à cette hausse, "nous avons retiré toutes les restrictions" qui avaient été auparavant posées, en Espagne comme dans d'autres pays, a-t-il ajouté.

Le syndicat Sepla a répondu dans un communiqué que Ryanair avait au contraire posé des conditions à la hausse, exigeant notamment "la désignation unilatérale par la compagnie d'un représentant des pilotes dans chacune de ses bases en Espagne".

Sepla affirme aussi que Ryanair ne lui a pas fourni la liste complète de ses pilotes, dont le syndicat a besoin pour organiser le vote sur la hausse salariale.

En outre, Ryanair exige une "soumission expresse à la législation irlandaise", rejetée par le syndicat qui compte déposer deux plaintes en justice dans les prochaines semaines, a précisé le responsable de la section Ryanair du syndicat Sepla, qui a requis l'anonymat par crainte pour son poste.

Une partie des quelque 800 pilotes espagnols de Ryanair, ceux qui travaillent avec un statut d'auto-entrepreneur, a déjà accepté la proposition de hausse, a précisé M. O'Leary. Ils représentent "moins de 50%" du total.

Hors d'Espagne, les négociations pour légaliser les syndicats se poursuivent, a-t-il assuré.

"Il y aura peut-être des perturbations pendant que nous essayons de conclure des accords de reconnaissance (...) Mais même comme compagnie acceptant les syndicats, nous continuerons de voir croître le nombre de passagers", a-t-il assuré.

M. O'Leary s'est par ailleurs dit "déçu" de la décision du syndicat espagnol d'engager des actions en justice.

"Elles prendront des mois ou des années à être résolues (...) Ils veulent nous forcer à avoir des contrats espagnols alors que la loi à laquelle nous sommes soumis est très claire: nous devons opérer avec des contrats irlandais", a-t-il expliqué.

"Ce que nous voulons, c'est que tous les pilotes opérant en Espagne aient un contrat espagnol et que les +contractors+ (auto-entrepreneurs) soient intégrés à l'entreprise", a expliqué la source syndicale.

Selon lui, "de nombreux pilotes ont abandonné la compagnie et d'autres continuent à le faire" en raison de ces problèmes de droit du travail.

Aucune grève n'est en revanche envisagée pour l'instant par le syndicat, qui la voit comme un "dernier recours", a-t-il précisé.


Pour remplir ses vols vers la Catalogne, Ryanair a dû baisser ses prix

Ryanair a affirmé mardi avoir dû baisser les tarifs de ses vols vers la Catalogne de 30% pour continuer à les remplir, la crise politique indépendantiste ayant refroidi selon elle les visiteurs.

"Nous avons réussi à maintenir notre nombre de passagers au départ et à l'arrivée de nos trois aéroports de Barcelone, mais seulement en réduisant nos prix d'environ 30%", a déclaré le PDG de la compagnie irlandaise Michael O'Leary, lors d'une conférence de presse à Madrid, estimant que la situation dans cette région constituait "un vrai défi" pour l'entreprise.

La baisse des tarifs, toujours en vigueur selon lui, a été décidée en octobre alors que les télévisions du monde entier montraient Barcelone envahie par des manifestations monstre après le référendum d'autodétermination interdit, marqué par des violences policières.

"Les passagers réservant pour la Catalogne font preuve de nervosité, en particulier ceux partant en escapade pour le week-end, du Royaume-Uni, d'Irlande, d'Allemagne", a expliqué M. O'Leary.

L'économie de la Catalogne, l'une des régions les plus dynamiques d'Espagne (19% du PIB), a marqué le pas à l'automne en raison de la crise politique provoquée par sa tentative de sécession.

Le secteur du tourisme a notamment vu son chiffre d'affaire baisser de 10 à 15%. Par crainte de l'insécurité juridique en cas de sécession, ou d'un boycott de leurs produits, plus de 3.200 sociétés ont transféré leur siège social hors de Catalogne, notamment de grandes banques.

Selon un rapport de la banque BBVA, la Catalogne créera en 2018 "35.000 postes de travail en moins par rapport à ce qui aurait été généré en l'absence d'incertitude" politique.

Néanmoins, "les perspectives pour le premier trimestre 2018 restent favorables, indiquant que la correction pourrait rester limitée dans le temps", précise BBVA.

Malgré un ralentissement en fin d'année dû à la Catalogne, l'Espagne a de nouveau été en 2017 l'une des économies les plus dynamiques de la zone euro avec un PIB en hausse de 3,1%.