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La Commission européenne a rappelé mercredi que le droit belge s'appliquait aux salariés de Ryanair basés en Belgique. 

Sa commissaire aux Affaires sociales, la Belge Marianne Thyssen, a en effet répondu par courrier à la CNE, qui l'avait interpellée à la fin juillet à la suite des menaces qu'avait fait peser la compagnie aérienne irlandaise sur le personnel de cabine gréviste quelques jours plus tôt. Le syndicat chrétien demande à présent que l'exécutif européen prenne des mesures pour faire appliquer les réglementations existantes à Ryanair. Les 25 et 26 juillet derniers, le personnel de cabine de la compagnie à bas coûts avait mené une grève en Belgique, en Italie, au Portugal et en Espagne. L'entreprise avait réagi en envoyant un courrier menaçant à ces travailleurs. La CNE s'était ensuite adressée au Premier ministre Charles Michel, au ministre de l'Emploi Kris Peeters, au président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et à la commissaire européenne à l'Emploi Marianne Thyssen, leur demandant de réagir en fonction de leurs compétences.

Dans une lettre qu'a pu consulter Belga, cette dernière rappelle la législation européenne. "En ce qui concerne le droit du travail applicable, l'article 8 du règlement Rome I reconnaît au travailleur la protection des dispositions auxquelles il ne peut être dérogé par accord en vertu de la loi du pays dans lequel, ou à défaut, à partir duquel le salarié travaille habituellement ("lieu habituel de travail")", y souligne-t-elle, au nom de Jean-Claude Juncker.

La commissaire revient également dans son courrier sur l'arrêt de la Cour de Justice de l'Union européenne du 14 septembre dernier. Interrogée par la cour du travail de Mons, la juridiction y estimait que les travailleurs de Ryanair peuvent saisir la justice du pays où ils effectuent la majorité de leurs prestations de travail, même si leur contrat prévoit que la justice irlandaise est compétence pour tout litige. A ses yeux, il faut en effet tenir compte du "lieu où le travailleur effectue habituellement son travail". Et ce lieu se détermine à partir d'un faisceau d'indice, dont font partie la "base d'affectation" mentionnée dans le contrat de travail et le lieu où sont stationnés les avions.

Le syndicat chrétien se félicite de ces rappels de la réglementation de la part de la Commission européenne mais déplore que cette lettre n'intime pas à Ryanair de la respecter. Son secrétaire permanent Didier Lebbe lui demande dès lors "d'intervenir et de jouer son rôle d'autorité".

"C'est très bien de rappeler la loi. Mais comment la faire appliquer à présent? ", s'interroge le responsable de la CNE. Ce dernier pointe également le fait que Marianne Thyssen ait mis en copie de sa réponse Michael O'Leary, le patron de Ryanair, sans pour autant l'interpeller au sujet de ce dossier.

Dans son courrier, la Commission écrit encore "soutenir fermement le dialogue social et les partenaires sociaux dans le respect de leur autonomie et leur droit à l'action collective", une manière de rappeler l'existence du droit à la grève. La commissaire belge y "encourage" enfin les représentants de la direction et des travailleurs à résoudre leur différend "dans le plein respect du droit national et communautaire, et du dialogue social".

"A quoi cela sert-il de se mettre autour de la table avec Ryanair? ", lui répond toutefois le syndicat chrétien. Quand la direction est autour de la table, elle nous dit qu'elle n'appliquera jamais les règlementations en vigueur! ".

A l'appel de la CNE et de la Belgian Cockpit Association, les pilotes basés en Belgique feront grève vendredi. Ils organiseront un sit-in à l'aéroport de Charleroi de 5h30 du matin à 11h00 afin de manifester leur mécontentement. D'autres grèves similaires auront lieu en Suède, en Irlande et en Allemagne.

Les pilotes basés aux Pays-Bas pourraient également décider de rejoindre le mouvement. Ryanair a cependant entamé une action en référé à l'encontre du syndicat Vereniging Nederlandse Verkeersvliegers (VNV) afin de l'interdire de mener de tels arrêts de travail durant la saison estivale. Et ce alors que cette organisation n'a pas (encore) appelé ses affiliés à faire grève. Une audience aura lieu jeudi après-midi devant un tribunal d'Haarlem.