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Ryanair serait contraint de réduire son trafic à l'aéroport de Charleroi de 17% si la taxe de 3 euros sur les billets d'avion dans les aéroports régionaux, décidée mardi par les ministres wallons, est appliquée, affirme mercredi la compagnie aérienne low-cost dans un communiqué. Cela représenterait une perte de plus d'un million de passagers par an et 1.000 emplois à l'aéroport de Charleroi, met en garde Ryanair. La compagnie aérienne a écrit au gouvernement wallon en vue de le rencontrer en urgence. Ryanair estime que l'instauration d'une telle taxe en Wallonie serait dommageable pour l'aéroport de Charleroi et la compétitivité de la Wallonie. La compagnie aérienne cite en exemple une série de pays européens, dont l'Irlande, qui ont instauré une telle taxe et vu leur nombre de voyageurs fortement diminuer.

"Le gouvernement belge a abandonné en 2008 le projet d'une taxe similaire et depuis lors, le trafic de Ryanair à Brussels Charleroi a plus que doublé, passant de 2,5 millions à plus de 6 millions de passagers en 2013. Une taxe passager introduite aux Pays-Bas en 2008 a été abandonnée par le gouvernement néerlandais en 2009 après avoir constaté une perte de revenus de plus d'un milliard d'euros et le départ de passagers vers d'autres aéroports moins chers dans les pays voisins. Le Danemark a également abandonné sa taxe passager et par la suite renoué avec la croissance", explique dans un communiqué Ryanair.

Pour Ryanair, la taxe prévue en Wallonie conduira inévitablement à une baisse considérable du trafic et de l'emploi à Charleroi, car les passagers voudront éviter les aéroports wallons au profit d'aéroports meilleurs marchés, comme celui de Zaventem.

"Des enquêtes à travers l'Europe ont clairement démontré les dommages causés sur le trafic et l'emploi par l'introduction de taxes passager, spécialement en Allemagne, Irlande et en Grande-Bretagne (...). D'autres pays de l'UE ont retrouvé la croissance en supprimant les taxes touristiques et en diminuant les taxes aéroportuaires, dans certains cas à zéro. Il serait fou que la Wallonie et Charleroi s'auto-détruisent en ignorant ces faits", réagit Robin Kiely, porte-parole de Ryanair.

Selon un communiqué de Brussels South Charleroi Airport (BSCA), cette taxation "uniquement en Wallonie" va stimuler le déplacement des compagnies vers la Flandre ou "un des 9 autres aéroports concurrents" au Nord de la France ou aux Pays-Bas. BSCA se base notamment sur les exemples danois et néerlandais "Après la mise en place au Danemark d’une taxe passagers, l’impact a été immédiat : des dizaines de milliers de personnes ont pris l’avion en Suède. Aux Pays-Bas, les compagnies aériennes ont dû diminuer  le nombre de destinations et de fréquences au profit des aéroports allemands comme Düsseldorf-Weeze (…). Le même effet s’est produit en Allemagne quand son gouvernement a instauré la taxe pendant que les Pays-Bas l’abandonnaient". BSCA rappelle que plusieurs pays ont d'ailleurs fait marche arrière après avoir instauré ce type de taxe.

"Cette décision crée une nouvelle insécurité juridique"

Le directeur général de Liege Airport, Luc Partoune, estime que la taxe de 3 euros sur les billets d'avion dans les aéroports régionaux, décidée mardi par les ministres wallons, crée une nouvelle insécurité juridique. 

Il dénonce une absence totale de concertation dans ce dossier et juge cette taxe contraire à la réglementation en vigueur. Il souligne enfin que cette taxe s'élèvera en réalité à 6 euros par passager, puisque elle serait réclamée d'après lui tant à l'embarquement que lors du débarquement. "Les aéroports wallons étaient considérés comme des pôles de reconversion et de développement économique. 

Les différents niveaux de pouvoir les perçoivent aujourd'hui comme des poules aux oeufs d'or", commente Luc Partoune. Celui-ci dénonce avant tout le principe d'instaurer une taxe sans concertation préalable. "Les accords négociés avec les compagnies aériennes sont chamboulés car cette taxe n'a pas été annoncée. Cela crée une nouvelle fois une insécurité juridique, après celle liée à la gestion du dossier des panneaux photovoltaïques. Je n'ai vent d'aucun projet de taxe et la surprise est donc totale. 

Dans d'autres secteurs, on organise des concertations", s'indigne le directeur général de Liege Airport. Ce dernier estime que la décision du gouvernement wallon ne respecterait pas une réglementation de 2009 qui octroie aux sociétés de gestion, en l'occurrence les aéroports eux-mêmes, le privilège de fixer librement les redevances. M. Partoune estime qu'une taxe de 3 euros par billet fragiliserait les aéroports wallons, dans un contexte concurrentiel déjà rude. "Nous sommes même considérés comme concurrent déloyal par Brussels Airport", épingle le CEO de Liege Airport.