Entreprise

Plus petite mais enfin rentable. Tel est la profession de foi de Christoph Müller qui a présenté hier à la presse son fameux business plan.

«Il faut être très clair, nous sommes proches de la faillite. Si l'on n'applique pas ce plan, nous filons tout droit vers le concordat. D'autant qu'il ne faut plus attendre la moindre injection de capital de nos actionnaires (NdlR: l'Etat belge et Swissair)», a souligné le patron de la Sabena insistant sur la nécessité de mettre en place une nouvelle culture d'entreprise «fondée sur le changement». «Sur les 25 dernières années, la Sabena a perdu pas moins de 70 milliards de BEF en capital. Les problèmes de cette compagnie sont pour deux tiers liés à des coûts opérationnels trop élevés et pour un tiers à des revenus insuffisants», a encore ajouté le patron allemand de la Sabena mettant en avant la lourdeur de la fiscalité belge. Voici les grandes lignes de ce plan dont les grandes orientations avaient déjà fait l'objet de multiples fuites dans la presse ces dernières semaines.

1. Actifs à vendre. La nouvelle Sabena sera recentrée sur l'activité du transport aérien. La liste des activités qui seront vendues dans les prochains mois est donc longue. Il s'agit du catering (restauration), du Cargo Handling, de Sabena Technics (maintenance des avions), des hôtels, d'Atraxis (informatique), de Sobelair (filiale charter), de BFSC (Belgian Fuel & Services Company) et de SFA (Sabena Flight Academy).

Christoph Müller réfute l'idée que ces cessions sont uniquement motivées par la volonté de faire rentrer du cash dans les caisses. «En Europe, il n'y a aucune autre compagnie de la taille de la Sabena à assumer autant d'activités. La tendance dans le monde aérien est d'ailleurs au recentrage sur le core-business », a-t-il expliqué laissant entendre que ces différentes entités ont besoin, pour grandir, de pouvoir s'appuyer sur des investisseurs forts. Christoph Müller parle d'une situation win-win.

2. Une flotte plus light Demain, la Sabena entend se recentrer sur l'Europe et l'Afrique et viser la clientèle «business» où les marges sont plus intéressantes. Si les fréquences des lignes européennes susceptibles d'attirer une telle clientèle seront augmentées, plusieurs destinations non rentables seront abandonnées comme Faro, Beyrouth, Verone, Belfast ou Catane.

Sur le long courrier, rideau sur Tokyo et Washington. La flotte long-courrier sera ramenée à 11 appareils (Airbus A 330) contre 13 actuellement. Une réduction de capacité sera également opérée sur le moyen-courrier où la Sabena pourrait dès 2002 opérer un réajustement progressif de sa flotte en faveur d'appareils régionaux.

3. Finances: danger! La situation financière est catastrophique. Sur les six premiers mois, la Sabena, qui a souffert de l'envolée des prix du fuel, a perdu 5,6 milliards de FB.

Sans un changement de cap rapide, la compagnie fonce droit dans le mur. «Il faut stopper l'hémorragie rapidement», souligne le patron de la Sabena.

4. L'emploi sinistré. Le «business plan» fera très mal sur le plan social. Quelque 1 600 postes de travail passeront à la trappe dont plus de 600 rien que pour le personnel de cabine. La priorité sera donnée à toute mesure permettant d'éviter des licenciements secs. Müller exige, par ailleurs, une augmentation de la productivité de 10 pc. «Je suis conscient que la réalisation du business plan requiert de nouveaux efforts et sacrifices pour chaque membre du personnel Sabena. J'ai confiance en la maturité de chacun d'entre eux», a encore souligné Christoph Müller dont l'objectif est de boucler les négociations avec les syndicats d'ici fin septembre.

5. Mériter une alliance Christoph Müller ne se fait aucune illusion. Personne ne s'intéressera à la Sabena avant que cette dernière ne se restructure en profondeur. «Nous devons gagner notre ticket d'entrée pour faire partie d'une grande alliance», a souligné Christoph Müller.

© La Libre Belgique 2001