Entreprise

Après Saint-Gobain Glass, qui a éteint son dernier four il y a quelques semaines, le voisin Sekurit, qui fabrique des pare-brise en verre feuilleté, est tout entier menacé. Le site auvelaisien serait l’une des victimes collatérales de la disparition de l’usine Ford à Genk. Sa fermeture serait le signe du désinvestissement du groupe français en Belgique.

A neuf heures ce matin, chez Saint-Gobain Sekurit à Auvelais, a lieu un conseil d’entreprise extraordinaire. Le genre de chose qui ne sent jamais bon. L’on sait déjà qu’y sera officialisé le changement de direction : venu de Bastogne, où il dirigeait Saint-Gobain Autover Distribution, Thierry Amerlynck prend la place qu’occupait jusqu’à ce jour Adriano Marques. Pour le reste de l’ordre du jour, Marc Lenoble, délégué FGTB, n’y va pas par quatre chemins : "Le site risque réellement de fermer, c’est ce qu’ils vont nous annoncer lundi. On n’a rien d’officiel, mais tous les indicateurs nous font penser à la fermeture." Avec un peu moins de 260 postes de travail à la clé.

Les soucis financiers de Sekurit à Auvelais ne datent pas d’hier. L’entreprise fabrique des vitrages pour l’automobile, un secteur qui, en Europe de l’Ouest, a connu un premier accès de faiblesse fin des années 2000, avant de plonger dans les abysses depuis 2012. Entre 2009 et 2010, l’entreprise a déjà connu une première restructuration. Une centaine de personnes sont parties, dont une moitié suite au non-renouvellement de contrats à durée déterminée.

Fin 2010, a été annoncée la fermeture de la ligne produisant le verre trempé, utilisé pour les vitres latérales des automobiles. A l’arrêt en décembre 2011, la ligne de production a été démantelée en 2012, une cinquantaine de personnes reclassées dans le verre feuilleté pour pare-brise, et l’atelier transformé en site de stockage.

A propos de la pérennité d’un site industriel, un signe qui ne trompe pas, c’est le niveau d’investissement. La modernisation de l’outil étant censée améliorer la rentabilité. A part une grosse machine il y a deux ans, aucun investissement majeur n’a été fait chez Saint-Gobain Sekurit à Auvelais. Pire : "Nous n’avons aucun produit prototype en développement", déplore Marc Lenoble. Tout juste y a-t-il eu un millier de pièces à destination de la Chine pour la nouvelle Ford Mondeo. Chez Sekurit Auvelais, de grands espoirs reposaient sur cette nouvelle Ford Mondeo justement, qui devait garantir entre 100 et 200 000 pare-brise par an. La fermeture de Genk en a décidé autrement, la production ira chez Saint-Gobain Sekurit en Espagne.

Un contrat passe à la concurrence

Auvelais, victime collatérale du naufrage européen de Ford ? Le site travaille aussi pour Volvo (XC 60 qui marche bien, V70, S80, V60, S60), mais le constructeur chute de plus de 15 % dans l’Union européenne. Il nous revient, par ailleurs, que les pièces pour les nouveaux modèles ne seront plus fabriquées chez Saint-Gobain, mais chez l’ennemi historique, AGC !

Pour le groupe BMW, Sekurit Auvelais produit les pare-brise des X5 et X6, mais le contrat se termine en juin, et de la Série 7 qui ne se vend plus trop bien et dont le contrat arrive à échéance fin de l’année.

Dans le même groupe, il y a aussi Mini, pour qui travaille Sekurit Auvelais. Mais l’usine belge paie ici la politique du groupe français - dans le plus pur style d’une multinationale-, qui vise à mettre en concurrence les divers sites de production. L’implantation de la Basse-Sambre aurait pu obtenir un gros contrat avec Mini, à condition de fabriquer à 22 euros/pièce. Or, elle produit entre 32 et 35 euros/pièce. C’est un site polonais qui a remporté le gros lot.

Toujours la compétitivité

A nouveau une question de compétitivité alors ? Pour l’améliorer, des négociations ont eu lieu fin 2011 entre direction et représentants du personnel, afin de réduire les coûts de tout ce qui est hors production, ce qu’on appelle ici les activités satellites : maintenance, nettoyage, préparation des tamis et de l’outillage, magasin général, logistique. Les négociations, avec 25 postes de travail en balance, ont tourné court. Avec la fermeture de Techniver, toujours à Auvelais, Saint-Gobain avait sans doute d’autres chats à fouetter. Entre-temps, quelque 600 000 euros ont été économisés grâce à la fermeture du stockage, à Jemeppe-sur-Sambre, des vitres latérales en verre trempé dont la production a été stoppée.

L’atelier du verre feuilleté a une capacité de 1 200 000 pièces/an. Actuellement, la production tourne autour des 760 000 unités. Entre 40 et 60 % de sa capacité, un site industriel n’est pas viable. L’outil du chômage dit économique est déjà utilisé : une semaine par mois entre février et décembre 2012, dix à quinze jours par mois depuis lors. Et maintenant ?