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Le président Nicolas Sarkozy a déclaré lundi que la France était "favorable à une taxe sur les transactions financières, "la meilleure des formules", selon lui, pour trouver "de nouvelles ressources pour le développement". "La France considère que cette taxe est morale compte tenu de la crise financière que nous venons de traverser, utile pour dissuader la spéculation et efficace pour trouver de nouvelles ressources pour le développement", a dit M. Sarkozy lors d’une conférence de presse à Paris.

"Je sais bien que cette taxe a de grands ennemis, de grands adversaires sur son chemin, nous essaierons de les convaincre", a ajouté le chef de l’Etat. La France confiera une mission à une personnalité de la société civile pour trouver des solutions innovantes à la lisière entre le secteur privé et le secteur public, a-t-il encore indiqué. "La France considère que la taxe sur les transactions financières est la meilleure, mais qu’elle ne peut épuiser à elle seule toute la question des financements innovants", selon le président de la République. "Donc nous sommes prêts à discuter d’autres solutions même si cette taxe me semble être la meilleure des formules", a-t-il assuré. Le chef de l’Etat a affirmé que la France était prête à "prendre des initiatives" sur ce sujet. Mais, "si nous voulons être crédibles nous ne pouvons pas prendre une initiative absolument seuls", a-t-il reconnu , espérant notamment "le soutien du Japon, ou de l’Allemagne, qui ont été "assez allants sur la taxe sur les transactions financières". "Le pire serait qu’il n’y ait aucun financement innovant", a martelé Nicolas Sarkozy, se disant prêt à "un panier de financements innovants". "Si par miracle on arrivait à se mettre d’accord sur une taxe sur les containers ou sur les paquets de cigarettes ou sur les communications de je ne sais quoi, pourquoi pas ? Discutons-en, nous ne sommes pas fermés", a-t-il assuré. "Le seul point sur lequel la France ne peut pas transiger, c’est que le monde a pris l’engagement à Copenhague", en 2009, de mobiliser 100 milliards de dollars par an au profit des pays les plus pauvres et "il n’y a que par les financements innovants que nous y arriverons", a estimé Nicolas Sarkozy. "Tant qu’on ne nous aura pas démontré que la taxe sur les financements innovants est impossible, nous nous battrons pour cette taxe", a-t-il encore assuré.

En Europe, l’Allemagne ou l’Autriche ont jusqu’ici défendu l’idée d’une taxe sur les transactions financières au seul niveau de l’Union européenne, mais un certain nombre de pays européens jugent qu’elle n’aurait pas de sens, car elle risquerait de provoquer une fuite des capitaux. Aucun consensus n’existe non plus au niveau mondial en raison de l’opposition des pays émergents ou du Canada.

L’idée de taxer les transactions financières, qui circulait déjà depuis plusieurs années sous le nom de taxe Tobin, est revenue sur le devant de la scène depuis la crise financière. Le concept de financements innovants, évoqué pour la première fois en 2002 lors d’une conférence de l’Onu, s’est traduit par des initiatives comme la taxe Chirac sur les billets d’avion, qui sert à alimenter Unitaid, une organisation achetant en gros des médicaments pour les pays pauvres.

L’ONG Oxfam France a salué lundi l’engagement de Nicolas Sarkozy en faveur d’une taxe sur les transactions financières, tout en demandant au gouvernement des " propositions concrètes " avant la réunion des ministres des Finances du G20 les 18 et 19 février. " Depuis la précédente déclaration sur le sujet, à New York en septembre 2010 lors du sommet des Nations unies sur les Objectifs du Millénaire pour le développement, le dossier avance peu ", a souligné l’ONG. Pour Oxfam, la France doit désormais " présenter différentes options afin que la discussion s’engage sur le terrain technique ". Elle rappelle qu’une taxe de 0,05 % sur les transactions financières " pourrait générer 400 milliards de dollars par an ". " L e gouvernement français peut agir dès maintenant [ ] en mettant en place une taxe sur les transactions financières au niveau national ", a suggéré Luc Lamprière, directeur d’Oxfam France. Cette taxe est déjà inscrite dans le droit belge sous réserve d’être appliquée par les autres pays de la zone euro. (AFP)