Entreprise Entretien

Le 4 juin 1950, quelque 300 personnes mettent le cap sur une petite plage déserte bordée de pins aux Baléares, Alcudia. Au programme: logement sous tente, sport, fête et convivialité. En février, Gérard Blitz, fils d’un diamantaire anversois, sportif de haut niveau et idéaliste, avait déposé les statuts d’une nouvelle association. Son but: développer le goût de la vie en plein air et la pratique de l’éducation physique et des sports. Son nom: Club Méditerranée. L’idée lui est venue en séjournant en Corse dans un village de toile du Club Olympique. Sur une liste de fabricants de toiles de camping, il tombe sur un nom qui lui plaît: Trigano. Fournisseur en 1950, associé de Gérard Blitz et trésorier du Club en 1954, le Français Gilbert Trigano en fut le patron de 1963 à 1993. Son fils Serge lui a succédé à ce poste jusqu’en 1997. Aujourd’hui, les deux "pères" du Club sont morts. C’est donc le "fils" qui revient sur l’aventure du Club, celle des Trigano. La sienne.

Quels sont vos premiers souvenirs du Club Méditerranée?

Ils remontent à des vacances à Leysin en Suisse, à la fin des années 50, quand le Club y a ouvert son premier village à la montagne.

Vous êtes presque né avec le Club…

Je suis né en 1946, quatre ans avant le Club. Je suis né dans le Club, j’ai vécu Club, j’ai mangé Club, on ne parlait que du Club à la maison, j’ai rêvé Club. Cela a été ma vie pendant une cinquantaine d’années.

Et vous avez bien connu Gérard Blitz.

J’ai eu la chance d’être assez proche de lui. Et le privilège qu’il confirme que j’étais la bonne personne pour succéder à Gilbert à la présidence du Club.

Le considérez-vous comme un visionnaire?

Je crois que la chance formidable du Club, cela a été la rencontre entre Gérard et Gilbert. Ils étaient tellement complémentaires: l’un était un visionnaire un peu rêveur et l’autre était un homme d’affaires un peu plus pragmatique, et également un visionnaire. C’est cette chance inouïe de ce coup de téléphone de Gérard qui tombe sur mon père. Gérard a eu l’idée du Club, Gilbert a réussi à en faire ce que c’est devenu. C’est cette alchimie formidable qui a permis cette aventure.

Quelles grandes étapes du développement du Club retenez-vous?

Il y a quelques dates clés. Bien sûr, 1950 avec l’ouverture d’Alcudia. Je retiens donc aussi le premier village du Club à la montagne en 56, mais également 68 avec l’ouverture d’Agadir, parce c’est la première fois que le Club s’installe dans du "dur" et sort des villages de paillotes pour faire un village de bungalows. Je retiens 1970 car c’est l’absorption du seul concurrent du Club à l’époque, le Club européen du tourisme. Ensuite, 1980 qui est l’explosion à l’international avec la mise en place de grosses équipes à New York et à Hong Kong pour mondialiser le Club. Et puis, il y a des villages plus ou moins importants dans l’histoire de la société, à l’instar de celui de Corfou, né en 1953, qui est resté longtemps un des villages phares de l’histoire du Club.

Aujourd’hui, la Chine est un axe de développement majeur. Or, la Chine ne date pas d’hier pour le Club qui y avait déniché une plage paradisiaque fin des années 80, mais le projet avait tourné court.

Nous y avions des projets depuis de longues années. Comme nous en avions au Japon dans les années 80, à l’époque où il était iconoclaste pour un Japonais de partir en vacances.

Gilbert allait leur expliquer que c’était bon pour eux et pour leur entreprise de le faire. Il partait tous les ans avec ma mère, faisait des conférences, passait à la télé. Les Japonais le regardaient comme quelqu’un qui venait d’une autre planète. Le jour où ils ont décidé de partir en vacances, ils se sont souvenus de lui Le premier village (de neige) ouvre ses portes en 1987 à Sahoro.

Est-ce que vous trouvez que les valeurs du Club ont évolué, ont changé au fur et à mesure des années?

Le Club a changé avec son temps et cela a toujours été sa force. Entre le Club d’Alcudia, des paillotes, des tentes de camping et celui que j’ai quitté en 1997 avec des bateaux de croisière, des villages haut de gamme, des villages de cases et autres, le Club a évolué. Gilbert et Gérard m’avaient expliqué qu’il fallait toujours qu’on ait un quart d’heure d’avance sur notre époque