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Le site d'informations Slate.fr, reprenant Bloomberg, rapporte que le défaut de paiement des USA serait le premier pour un grand pays occidental depuis... l'Allemagne nazie de 1933. 

Endetté jusqu'au coup après la première guerre mondiale, en proie à des remboursements colossaux et des réparations titanesques, la République de Weimar vit à crédit cinq années durant, de 1924 à 1929. 

Encore et encore, elle emprunte auprès des Etats-Unis. Mais bientôt, la crise de 1929 vient fouetter l'économie des plus grandes nations, et les Allemands n'y coupent pas. Le 6 mai 1933, alors qu'Hitler vient d'obtenir les pleins pouvoirs, l'Allemagne entre en défaut de paiement pour les prêts à long terme. 

C'est peu dire que la crise de 1929 est violente, comme le rappelle Albrecht Ritschl, historien à la London School Of Economics de Londres: "Si l’on prend la puissance économique des Etats-Unis comme point de référence, le défaut allemand des années 1930 a eu autant d’impact que la crise financière de 2008." 

Les marchés tiennent bon, mais jusqu'à quand?

Pour Ian Kershaw, auteur de "Qu'est ce que le nazisme", c'est la politique d'expansion nazie et ses pillages qui vont permettre à l'Allemagne de garder la tête hors de l'eau et aggraver leur cas. Ce n'est qu'en 1953, avec l'accord de Londres qui règle les dettes extérieures allemandes, que le sort des réparations de la Première Guerre mondiale sera réglé. Des dettes dont ne sera débarrassé l'Allemagne que le 3 octobre… 2010. 

Depuis l'Allemagne hitlérienne, d'autres nations sont certes tombées sous le couperet d'un défaut de paiement: il y eut la Russie en 98, après la chute des cours du pétrole, l'Argentine en 2001 ou la Grèce en 2012… Mais pour Albrecht Ritschl, ces crises ne sont pas comparables à celle vécue par Washington: "La seule situation vraiment parallèle à la situation des actuelle des États-Unis est la situation des États-Unis." 

En août 2011, un accord politique avait été scellé deux jours avant la date butoir, et adopté définitivement par le Congrès à quelques heures seulement de l'heure limite. Barack Obama avait réussi à éviter le shutdown et la paralysie de l'État fédéral. 

En 2013, l'issue n'est pas la même, et le shutdown n'a pu être évité: faute d'accord sur le budget fédéral pour le nouvel exercice, les agences gouvernementales américaines tournent au ralenti depuis le 1er octobre. Des centaines de milliers de fonctionnaires ont été mis en congés forcés sans solde, paralysant progressivement des pans entiers de l'activité. 

En 2013, un échec d'accord sur le budget risque de mettre en jeu le sort du dollar, monnaie de réserve mondiale, et celui des bons du Trésor, placements réputés les plus sûrs de la planète. 

En 2013, un défaut de paiement laisserait certes des fonctionnaires non-payés, mais aussi des pays entiers que les USA ne sauraient pas rembourser. Des pays comme la Chine, plus que jamais nouvelle banque mondiale, épongeant dettes européennes et américaines. 

Toutefois, à l'approche de la date fatidique, les marchés financiers refusaient encore de croire à ce scénario catastrophe et pariaient toujours sur un accord de dernière minute. À quelques heures de l'heure H, l'issue est toujours aussi incertaine, mais les marchés tiennent bon.