Entreprise

Créée en 1998 pour faire face aux difficultés liées à la nature intermittente de l'activité d'artiste et au caractère irrégulier de ses revenus, l'association professionnelle d'artistes SMart réunit ses membres en assemblée extraordinaire, ce vendredi, dans le cadre d'une journée de festivités (1), pour proposer le redéploiement de ses activités. C'est que la teen-ager a drôlement bien grandi.

Travaillant à professionnaliser le secteur (un rapport sur le vécu socio-économique des artistes et producteurs est d'ailleurs présenté ce vendredi, qui met en lumière leur précarisation grandissante) et, surtout, à conserver ses droits sociaux, l'asbl est surtout connue pour son service de gestion de contrats, secrétariat social et tiers payant.

Le système est assez simple : l'artiste qui décroche une commande en encode les détails sur un formulaire web que lui et son donneur d'ordre signent. Ensuite, SMart valide (le système de déclaration d'activité professionnelle DIMONA est automatiquement activé, la prestation étant donc déclarée). C'est l'asbl qui engage le créateur comme salarié pour le nombre de jours convenu en échange d'un pourcentage de son revenu. La caisse, constituée par ce système de prélèvement, permet notamment à SMart d'avancer le salaire à l'artiste qui, entre autres avantages, ne dépend plus dès lors du bon vouloir de son client. La formule correspond manifestement à un besoin. En 2001, 6 680 contrats ont ainsi été signés. Il y en aura environ 18 300 pour 2007 ! De 2 000 artistes affiliés en 2001, on est passé à 17 350 membres aujourd'hui. Et les salaires versés explosent littéralement : de 35 millions d'euros en 2006, on atteindra les 50 millions en 2007 ! Et, selon ses deux fondateurs, SMart est très loin d'atteindre ses limites. "Nous couvrons environ 17 pc de l'activité du secteur, nos concurrents 8", explique Julek Jurowicz. Il reste donc du champ. D'autant que celui-ci s'est élargi à toutes les professions fonctionnant "au projet" (photographes, journalistes, traducteurs, designers,...)

Mais l'objectif principal n'est pas de faire exploser l'addition. "Le réel indice de notre activité est notre activité de gestion de projets, qui prend de l'essor", commente Pierre Burnotte. En résumé, la personnalité juridique de l'asbl est au service d'un projet, ce qui permet d'autres applications que dans le cadre de la simple signature d'un contrat (entre un artiste et un donneur d'ordre pour une mission avec un salaire), comme la rentrée de notes de frais et la gestion d'autres dépenses, voire celle de financements éventuels. "Nous avons dépassé les 2 000 projets et il s'en ouvre entre 2 et 5 par jour", se réjouissent les deux "patrons".

Et, maintenant, du crédit !

Un projet en entraînant un autre, l'idée est née de lancer une activité de crédit. "Nous sommes partis du constat que la plupart des artistes n'ont pas accès aux crédits professionnels. Notre position est différente puisque nous gérons déjà leurs activités. L'analyse de risques et la sécurisation sont donc immédiates", argumente encore Julek Jurowicz. SMart se prépare donc à lancer sa branche de leasing de matériel.

Autre priorité : la création d'un bureau d'études. C'est la première en ordre d'importance idéologique. "Nous voulons continuer à analyser les besoins et à proposer des outils pour améliorer les choses", insiste Pierre Burnotte. Exemple : un prototype est en phase de test pour valider mécaniquement les contrats écrits (vérifier que toutes les infos utiles y figurent, etc.), sans intervention humaine.

La France puis l'Europe

SMart emploie actuellement 50 personnes (dans ses services juridique, informatique, d'information, de gestion de documents et de développement). L'association possède des bureaux à Bruxelles, Liège, Mons, Namur, Gand et Anvers. Et elle ne compte pas s'arrêter là. SMart.fr verra le jour le 7 octobre prochain.

Une émanation du mécanisme inventé en Belgique, le résultat du récent tour de France opéré par les deux initiateurs belges de la formule, mais qui sera animé par une équipe française.

Ainsi, les concepteurs de SMart pourront-ils continuer leur chemin vers l'idée d'un SMart.eu. "Pour mettre une couche d'harmonisation européenne sur des réglementations tellement différentes d'un pays à l'autre."

(1) SMart Day se déroule, ce vendredi, au Botanique à Bruxelles. Au programme : conférences, assemblée générale et soirée festive (musique, peinture, danse, art visuel, audiovisuel, etc.) Infos : 02.542.10.80 ou Web www.smartasbl.be