Entreprise

C’est un chantier énorme qui s’annonce au cœur de Bruxelles, presque en bordure du parc royal : la démolition-reconstruction du siège de la Société Générale de Banque d’alors, devenue Fortis puis BNP Paribas Fortis. Un complexe formé d’un large socle surmonté de deux courtes tours noires, à l’image de ce qui faisait dans les années 60 et 70. Et c’est bien de cette époque que date ce bâtiment, symbole d’une modernité d’antan que certains jugent toujours intéressante, mais qui, pour la plupart des passants, est rebutante de massivité.

Ce n’est toutefois pas cela qui a incité la banque à se lancer dans sa démolition. Mais plutôt que sa rénovation semblait compliquée (immeuble pauvre en lumière, gaspilleur d’énergie…) et chère.

Tant qu’à s’embarquer dans un exercice que, d’emblée, elle savait s’étendre sur près de dix ans - déménagement des 2 600 employés (2013-2014), démontage des équipements intérieurs (d’ici à 2015), démolition et désamiantage (2016), construction (2017-2021) -, autant bien le faire. D’où ce choix rarissime dans le secteur privé de lancer un concours international d’architecture.

Le cahier des charges rigoureux pointait ses exigences en termes de fonctionnalité, d’intégration dans le tissu urbain, de coûts… Et surtout d’image : stabilité sans arrogance, équilibre sans nonchalance, créativité sans arrogance. Outre ses propres troupes, le maître d’ouvrage a convié, dans le processus, ses voisins - comme l’ASBL Quartier des Arts, le Bozar… -, et dans le jury, des représentants de la Ville, le maître architecte de la Région, des experts extérieurs…

Sur les sept bureaux d’architecture conviés à concourir, un seul a tenté la version "rénovation", sans toutefois parvenir à caser les 4 500 personnes que BNP Paribas Fortis a décidé d’y ramener, de différents endroits de la ville. Et deux sont restés sur la corde quasiment jusqu’au bout : le belge Samyn and Partners et l’autrichien BE - Baumschlager Eberle.

C’est ce dernier qui l’a emporté, dont le nom et le projet ont été dévoilés jeudi. Soit... une montagne, tout en courbe, percée de trois patios visibles au travers des façades vitrée et surmontée d’une toiture verdurisée ondulante comme une vague. Si le bâtiment descend largement en dessous du niveau des tours actuelles, retrouvant le gabarit de ses voisins, il remplit plus la parcelle, en suivant le tracé galbé des voiries, et atteint les surfaces actuelles (95 000 m²). Les façades, entre verre et béton teinté pierres naturelles, jouent la carte de la verticalité, mais aussi de la clarté. Autour du bâtiment sous arcades, et même dans le bâtiment sous forme d’allées, des zones piétonnes recréent une liaison entre ville basse et haute. Un monument ? Non, "une montagne proche d’un parc" , sourit l’architecte. Et "un projet phare" pour son bureau, qu’il réalisera en partenariat avec le bureau belge Styfhals & Partners; mais également avec une dizaine d’entreprises belges déjà désignée, BNP Paribas Fortis ayant exigé des concourants qu’ils se fassent, dès l’abord, assister par des bureaux conseils (stabilité, techniques spéciales…).

La désignation du projet lauréat passée, il s’agira pour la banque de mettre toutes les chances de son côté pour que le permis aboutisse rapidement. D’où sa probable décision de passer par une phase certificat, comprenant une étude d’incidence en matière de circulation et mobilité.