Entreprise

Stéphane Rosenblatt, qui défendait le bilan de RTL hier dans nos colonnes, a décidé d'attaquer le groupe en justice, nous apprend l'Echo.

L'avocat de Stéphane Rosenblatt a déposé une citation en référé devant le tribunal de travail de Bruxelles. L'intéressé s'estime lésé et demande à récupérer l'ensemble de ses fonctions. Toujours directeur de la télévision, celui-ci a en effet perdu la responsabilité des contenus de Bel RTL après en avoir récupéré la charge en 2017.

Il avait déjà dû céder à Laurent Haulotte le pôle info, non sans une certaine amertume. Les relations entre le CEO de RTL, Philippe Delusinne, étaient déjà tendues. Autant dire que cette dernière nouvelle n'aidera en rien à les calmer.

Réaction de RTL

"RTL Belgium regrette cette décision et la situation conflictuelle actuelle à laquelle elle mène", réagit RTL dans un communiqué de presse.

Concernant la modification du rôle de RTL, le groupe écrit "cette évolution fait partie intégrante de la transformation à l’œuvre au sein de l’entreprise depuis septembre 2017 et qui s’est notamment traduite par le départ de 88 collaborateurs et la réorganisation des équipes en place. Cette transformation porte sur l’ensemble de l’entreprise, en ce compris son Comité de direction (...).

Pour RTL Belgium, il n’a jamais été question de se séparer de Stéphane Rosenblatt dont les compétences en matière de télévision ont toujours été reconnues et dûment valorisées".

RTL conclut que, malgré les tentatives de négociations et les refus de Stéphane Rosenblatt, le groupe continuera à défendre ses positions devant les juridictions concernées.


La "résolution judiciaire de contrat" permet de pointer une "faute"

Nous avons interrogé maître Torreni du cabinet Chiavetta spécialisé dans le droit du travail, afin d’évaluer la portée de l’action entamée par Stéphane Rosenblatt.

"On parle de résolution judiciaire du contrat lorsqu’on considère qu’il y a eu une faute, un manquement de la part d’une des parties dans l’exécution du contrat. Et comme on parle de faute importante, le plaignant demande des dommages et intérêts. On peut parfois obtenir bien plus qu’avec un préavis, par exemple. D’autant plus qu’ici, on parle de quelqu’un qui a une certaine notoriété publique et qui pourrait dire : ‘ce que vous avez fait porte atteinte à mon honneur et à ma crédibilité sur le marché belge’. Or ce marché n’est pas grand car il n’y a pas un tas d’opérateurs télévisuels côté francophone. M. Rosenblatt peut donc dire que cela porte grandement atteinte à son nom et demander au tribunal de constater cette faute et la gravité de celle-ci. Ce sera au tribunal d’apprécier si cette faute est suffisamment importante pour justifier la rupture aux torts et griefs de l’employeur", explique maître Torreni.

Le contrat de travail repose sur nombre d’obligations qui, souvent, se chevauchent. "Ici, on est plutôt dans la notion d’obligation de fournir le travail convenu, obligation qui, en l’occurrence, aurait été violée. Dans les articles 16 à 25 du Code du travail, on retrouve l’obligation de faire travailler le travailleur dans les conditions ‘au temps et lieu convenus’. On peut aussi invoquer une autre faute : le fait d’avoir porté atteinte à l’équilibre général du contrat. A savoir : ‘j’avais une fonction X avec telles responsabilités et, du jour au lendemain, vous avez réduit mes fonctions à peau de chagrin’. On a donc mis un ‘coup de canif dans le contrat’, pour utiliser une expression très connue."On devrait en apprendre davantage sur les arguments avancés par Stéphane Rosenblatt et son avocat à l’encontre du groupe RTL lors de l’audience fixée au 12 juillet prochain.