Entreprise Après les révélations “Offshore Leaks” (2013), puis “LuxLeaks” (2014), un consortium de journalistes dévoilent aujourd’hui les dessous d’un vaste système d’évasion fiscale encouragé par le Britannique HSBC, deuxième groupe bancaire mondial, par l’intermédiaire de sa filiale suisse HSBC Private Bank.

Selon ‘Le Monde’ – qui, avec d’autres médias, dont nos confrères du “Soir”, enquête sur l’affaire – ses journalistes sont entrés début 2014 en possession de données bancaires mondiales, portant sur la période 2005-2007 et établissant une gigantesque fraude à l’échelle internationale. Leur révélation serait susceptible d’embarrasser des personnalités comme l’humoriste français Gad Elmaleh, le roi du Maroc Mohamed VI, l’acteur américain John Malkovich, l'actrice Joan Collins, le mannequin Elle McPherson, ou encore Jacques Dessange, mais surtout d’ébranler les milieux bancaires internationaux.

Selon les enquêteurs, 180,6 milliards d’euros auraient transité, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore, entre le 9 novembre 2006 et le 31 mars 2007. Une période correspondant aux archives numérisées dérobées chez HSBC PB par Hervé Falciani, ancien employé de la banque. “Le Soir” révèle que ce mécanisme a privé l’Etat belge de quelque 6 milliards d’euros de rentrées, un chiffre qui s'explique par les nombreux dépôts de diamantaires anversois. Ils sont répartis dans plus de 4612 comptes détenus par des Belges ou des sociétés écrans montées par des Belges. Jusqu'ici la justice belge parlait de "milliards" qui avaient échappé au contrôle de l'Etat, sans autre précision. Très exactement, il s'agit de 6.263.163.063,5 dollars, soit, en tenant compte des taux de change de l'époque (2006/2007) et de l'inflation, de 5 à 6 milliards d'euros de 2015.

Pendant de nombreuses années, les informations copiées par Hervé Falciani n'étaient connues que de la justice et de quelques administrations fiscales, même si certains éléments avaient filtré dans la presse.

Ces données transmises à plusieurs administrations fiscales étrangères mettraient en cause des trafiquants d’armes ou de stupéfiants, des financiers d’organisations terroristes, des politiciens, des vedettes du showbiz, des icônes du sport ou des capitaines d’industrie. Tous souhaitaient cacher leur argent en Suisse, le plus souvent dans la parfaite illégalité. Les profils sont variés, mêlant des chirurgiens français désireux de blanchir leurs honoraires non déclarés, des diamantaires belges, des protagonistes de l’affaire Elf ou de nombreuses familles juives dont les avoirs avaient été mis en lieu sûr, en Suisse, au moment de la montée du nazisme en Europe…

Selon le consortium de journalistes, le comité exécutif d’HSBC PB les aurait encouragés à camoufler leur argent derrière le paravent de structures offshore, généralement basées au Panama ou dans les îles Vierges britanniques, afin d’éviter le fisc européen. HSBC Private Bank comme les autorités politiques et judiciaires suisses contestent depuis le début de l’affaire aussi bien les chiffres avancés que l’utilisation de ces données, au motif qu’elles sont le produit d’un vol.

La filiale suisse d'HSBC assure que la banque a changé

La filiale suisse de la banque britannique HSBC a assuré lundi avoir "changé", après les "manquements constatés en 2007", selon un communiqué transmis à l'AFP.

"HSBC (Suisse) a entamé une transformation radicale en 2008 pour empêcher que ses services soient utilisés pour frauder le fisc ou blanchir l'argent sale", a indiqué le directeur général de cette filiale, Franco Morra, dans ce communiqué. Selon la banque, une "nouvelle direction a procédé à un examen en profondeur des affaires, ce qui inclut des fermetures de comptes de clients qui ne correspondaient pas aux standards élevés de la banque, et la mise en place d'un système très poussé de contrôle interne".

HSBC Suisse "n'est pas intéressé à nouer des relations d'affaire avec des clients ou potentiels clients qui ne répondent pas à nos exigences en matière de criminalité financière", ajoute la banque. "Ces révélations concernant des pratiques du passé doivent rappeler que ce vieux modèle d'affaires de la banque privée suisse n'est plus acceptable", a conclu le directeur général.