Entreprise

"On s’attendait à une annonce mais pas de cette ampleur-là", ont indiqué les syndicats réunis en front commun (Setca, CNE, CGSLB) après le conseil d’entreprise extraordinaire qui s’est tenu mardi matin. Des syndicats qui se savent très bien représentés (90 % du personnel est affilié) mais également... mal-aimés.

"Carrefour évoque un plan d’action rigoureux, un mal nécessaire, mais rien de dramatique, indique Myriam Delmée (Setca). Mais c’est bien plus que cela : un massacre à la tronçonneuse." Avec ceci que les syndicats ont l’impression que c’est à prendre ou à laisser. "C’est ça ou rien. Carrefour ne met finalement rien sur la table." Les instances seront consultées jeudi. "On n’a pas des mois devant nous..."

L’inquiétude va bien au-delà de ce plan. "Même si ce plan d’action annoncé devait réussir, souligne Irène Pêtre (CNE), il n’y a aucune certitude que Carrefour maintienne ses activités intégrées en Belgique." Autrement dit, le groupe pourrait ne plus être qu’un gros distributeur, sans points de vente en propre, ne travaillant donc qu’au travers de franchisés. Une inquiétude renforcée par le fait qu’il y a, selon eux, bien peu de commercial dans ce plan : "Quand Carrefour dit qu’il passe à l’action, c’est passer au temps des actionnaires. Dans ce plan, les aspects financiers priment sur les aspects commerciaux", reprend Mme Delmée.

1Pas de vision commerciale. "Confirmation a été faite que l’entreprise ne va pas bien", dit la représentante du Setca. "Carrefour a démontré qu’il existait des problèmes récurrents de chiffre d’affaires par rapport à la concurrence. Or un seul des six points de leur plan de sauvetage concerne le redéploiement commercial; les cinq autres sont du "cost cutting", dont quatre visent à une réduction des coûts de personnel. Ce n’est pas ça qui va augmenter le chiffre d’affaire "

2Changement de commission paritaire. Le gros de l’analyse du groupe est basé sur le fait que les emplois coûteraient plus cher que ceux des enseignes concurrentes. "On a fait la comparaison et ce sont des balivernes. Les concurrents appliquent bien la commission paritaire 202 (inférieure à la commission 312 et à laquelle le groupe veut revenir, NdlR), mais aucun n’applique vraiment le barème sectoriel qui est aménagé à la hausse. Dans le cas d’un retour à la 202 - ce qui suppose que tout ce qui est conventionnel et occasionnel passera à la trappe -, Carrefour va se placer dans une commission qui sera, au final, défavorable à la concurrence. Avec le risque que tout le secteur soit touché."

3Fermeture de 21 magasins. "14 "hyper" et 7 "super" seraient irrécupérables. Cela veut dire que 1 672 emplois passeront à la trappe, purement et simplement. Cela ne peut nous satisfaire, dit Irène Pêtre. A aucun moment, on a entendu que des travailleurs seraient transférés. Ils sont simplement jetés. C’est inaudible pour nous."

4Reprise de 20 magasins. Le groupe évoque une reprise par Mestdagh ou par des franchisés. "Sans donner de nom..." Une solution qui, selon les syndicats, ne sauve en rien l’emploi. "Mestdagh ou un autre franchisé, ce n’est pas la panacée en matière de conditions de travail. Un repreneur reprend ce qu’il veut en termes de personnel et pourrait imposer une commission paritaire inférieure encore à la 202."

5Prépension et réduction des frais généraux. "On nous l’a déjà vendu en 2007, on n’y crois pas." Et de pointer des conditions de travail revues à la baisse pour le personnel du siège social, l’abaissement de l’âge de la prépension et le non-remplacement de ces départs naturels. "La prépension pourrait être applicable à l’ensemble du groupe, pas seulement au siège. Comme en 2007! A l’époque, le groupe devait sortir 650 personnes mais, du coup, ce sont 900 qui sont sortis. On risque de se retrouver dans le même scénario", indique Myriam Delmée.

6Sans rapport avec les pertes du groupe, évaluées à 40 millions d’euros depuis 2001, auxquelles Carrefour ajoute 845 millions d’investissements pour arriver à un total qui frise... les 900 millions. Une addition que les syndicats réfutent. "Ce plan de sauvetage n’est pas proportionnel aux vraies pertes de Carrefour, relève le représentant de la CGSLB. Le groupe n’est pas parvenu à sortir du rouge et, depuis 2003-2004, il a arrêté d’investir. C’est une des causes du problème. Il faut aller plus loin que les chiffres."

7Démantèlement. "On nous dit que si le plan de sauvetage réussit, il sauvera près de 3 000 emplois qui, sans cela, seraient passés à la trappe. Oui, mais en oubliant d’ajouter de moins bonnes conditions de salaire. Si tout cela n’est pas un démantèlement du groupe en Belgique, cela ressemble à une première phase de démantèlement. Sans certitude que l’activité intégrée y sera maintenu", soutiennent les syndicats. Leur critique porte aussi sur le fait que le groupe ne s’est pas donné le temps de voir comment les formules qui ont été testées à Lier ou à Bierges pourraient fonctionner. "Ils réduisent d’office leur parc de magasins. Mais pour pouvoir metre de nouvelles formules en place, il faut une position commerciale et donc un certain nombre de magasins en propre. Le premier principe n’est-il pas de travailler à la visibilité ?" Et le banc syndical de conclure : "Si le plan aboutit, on peut estimer qu’un travailleur sur huit perdra son emploi chez Carrefour (en tenant compte des fermetures et des reprises, NdlR). Mais s’il n’aboutit pas, il y a un risque qu’il s’agisse de 1 emploi sur 3."