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Les taxes à l’importation américaines sur l’acier et l’aluminium provoquent les réactions attendues. L’Europe pourrait à son tour taxer des produits américains comme les jeans, le bourbon ou encore les Harley-Davidson.

Les partenaires économiques des Etats-Unis ont tous été surpris de l’annonce la semaine passée par le président américain Donald Trump de taxer fortement les importations d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis. De son côté, l’Union européenne prépare des mesures de rétorsion. "Nous allons mettre en place des contre-mesures concernant les droits d’importation de produits américains, notamment Harley-Davidson, (le whisky américain) bourbon et les jeans Levi’s", a expliqué le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker vendredi soir lors d’une réception auprès du maire de Hambourg. Si les Etats-Unis veulent instaurer des barrières, "nous serons aussi stupides" qu’eux, a averti M. Juncker, précisant qu’il aurait "préféré que nous ne le faisions pas". "Je regrette son choix […] mais l’Europe doit se défendre et elle va se défendre", a-t-il expliqué. Un peu plus tôt dans l’après-midi, M. Juncker avait déclaré que l’UE ne restera "pas les bras croisés lorsque l’industrie et les emplois européens seront menacés", ajoutant que "l’Europe a besoin d’une politique commerciale capable de se défendre : nous ne serons pas naïfs".

Surenchère américaine

A la suite des menaces européennes de rétorsion, le président américain est monté encore d’un ton dans sa rhétorique de guerre commerciale avec l’Union européenne en évoquant samedi une taxe sur les importations de voitures européennes si l’UE répliquait à sa décision d’imposer des droits de douane sur l’acier et l’aluminium. "Si l’UE veut encore augmenter les taxes et les barrières déjà énormes sur les sociétés américaines qui font des affaires là-bas, nous appliquerons simplement des taxes sur leurs voitures qui entrent librement aux Etats-Unis. Ils rendent la vente de nos voitures (et d’autres choses) impossibles là-bas", a écrit M. Trump sur son compte Twitter, dénonçant un "gros déséquilibre commercial".

Ombres chinoises

Pour sa part, la Chine "ne restera pas les bras croisés" face aux menaces des Etats-Unis en matière commerciale, a averti dimanche un haut responsable chinois. "La Chine ne veut pas d’une guerre commerciale avec les Etats-Unis, mais si les Etats-Unis prennent des mesures qui nuisent aux intérêts chinois, la Chine ne restera pas les bras croisés et prendra les mesures qui s’imposent", a déclaré devant la presse le porte-parole de l’Assemblée nationale populaire (ANP), Zhang Yesui, à la veille de l’ouverture de la session annuelle plénière du Parlement chinois. Interrogé sur les menaces américaines, le porte-parole chinois, lui-même ancien ambassadeur aux Etats-Unis, a plaidé pour une ouverture accrue des marchés des deux pays. Samedi, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a jugé "sans fondement" les sanctions américaines contre les exportations d’acier des autres pays prises au nom de la sécurité nationale. "Ce n’est pas seulement la Chine qui pense que cela est déraisonnable. De nombreux pays européens et le Canada ont tous dit qu’ils ne pouvaient pas accepter cela", a déclaré M. Wang, selon des propos rapportés par la presse chinoise.

Demandes australiennes

Même son de cloche du côté australien. Le gouvernement australien a mis en garde dimanche contre l’éventualité d’une guerre commerciale qui pourrait ralentir la croissance mondiale en demandant à être exempté des taxes annoncées par le président américain. "Nous avons entendu ces dernières 48 heures des commentaires du Canada, de l’Union européenne. Nous avons vu le gouvernement américain revenir en arrière au sujet de taxes sur les importations de voitures", a déclaré le ministre australien du Commerce Steve Ciobo sur Sky News Australia. "Ce qui me préoccupe, si nous voyons la poursuite de l’escalade dans la rhétorique, et au bout du compte, l’imposition de taxes sur les importations et exportations à travers de multiples économies, c’est que cela provoque le ralentissement de la croissance". On notera qu’aux Etats-Unis aussi, des secteurs économiques pourraient payer cher cette nouvelle donne.

© AFP