Entreprise

La presse écrite vit de nouveau des heures difficiles. Déjà malmenée par un lectorat défaillant et des annonceurs tentés par d’autres (nouveaux) médias, elle subit actuellement les effets de la crise économique. En Flandre, plusieurs éditeurs de premier plan (Persgroep, Corelio, Sanoma, etc.) viennent d’annoncer des plans de restructuration humainement douloureux. Et rien ne dit que leurs homologues francophones ne les imiteront pas au cours des prochaines semaines

Dans ce contexte de morosité, le projet "The Word" a de quoi surprendre. Voici près d’un an, le 25janvier dernier, un jeune entrepreneur de 27 ans - Nicholas Lewis - se lançait dans l’aventure un peu folle d’éditer depuis Bruxelles un magazine de qualité en langue anglaise, doublé d’un site Internet (1). Le tout en (quasi)solitaire: ni régie publicitaire ni groupe de presse à ses côtés. Mais avec la conviction de proposer gratuitement (!), à l’imposante communauté belge des jeunes expatriés (quelque 350 000 personnes, dont un peu plus de la moitié d’entre elles sont âgées de 25 à 40 ans), un magazine haut de gamme "qu’on a envie de ramener chez soi".

"J’ai grandi à Bruxelles avec "The Bulletin" qui était le magazine belge anglophone de la génération de mes parents, explique Nicholas Lewis. J’ai ensuite vécu huit ans à Londres (NdlR: où il suivit les cours d’une école de commerce). A l’époque, j’avais été frappé par la croissance de la presse gratuite de qualité, qui n’existait pas en Belgique." De retour à Bruxelles, M.Lewis eut aussi la conviction que la "seconde génération" des expatriés n’avait aucun titre local à se mettre sous les yeux. "Il s’agit des 25-40 ans, habitant majoritairement à Bruxelles, qui voyagent à travers l’Europe, tout en cherchant à s’intégrer à la vie locale", décrit le jeune éditeur-journaliste. Des jeunes plutôt aisés, cultivés, résolument branchés et curieux des nouvelles tendances. "The Word" en est le reflet. On y retrouve, au fil des six numéros de 2008, des sujets lifestyle: mode, restos, design, art et artistes, luxe, Le tout présenté dans un graphisme pointu (avec un soin tout particulier apporté à la photographie) et rédigé sous le prisme belgo-belge. "Mais avec le souci permanent de montrer que la Belgique a bien plus à offrir que le chocolat, la bière et le Manneken Pis! Nous voulons dévoiler une Belgique dynamique et créative."

Un an après le début de l’aventure, Nicholas Lewis est décidé à la poursuivre. "On va devoir passer par une augmentation de capital, car on ne peut pas encore vivre des seuls annonceurs publicitaires. Mais il y a un marché pour "The Word", comme en témoignent nos 4 600 abonnés (NdlR: sur une diffusion de 15 000 exemplaires)", analyse-t-il. "The Word" continuera à miser sur la qualité éditoriale et la gratuité, même si c’est un magazine cher à fabriquer. "Nous faisons tout nous-mêmes: rédaction, illustration, démarchage des annonceurs, etc. Il y a un petit côté artisanat que les gens apprécient." La distribution, quant à elle, contourne les canaux traditionnels. "The Word" se retrouve à Bruxelles et dans quatre villes flamandes (Anvers, Gand, Louvain et Knokke) - pour l’heure, Nicholas Lewis constate que le sud du pays est moins friand -, où il est distribué dans des hôtels, restaurants et bars, voire même par des hôtesses de la main à la main. "It’s a working in progress", conclut celui qui, avec ses comparses (journalistes, photographes, graphistes,), se dit être un "fou des (beaux!) magazines".

(1) Site: www.thewordmagazine.be.