Entreprise A 23 ans, l’attaquant-vedette des Red Lions a osé passer le cap du professionnalisme et vit très bien financièrement grâce au hockey. Ce joueur du troisième millénaire s’est fortement détaché de l’image du "hockey amateur de papa". Le sportif moderne n’est plus soumis au service d’un club toute sa carrière car, pétri de talent, il aspire à briller dans les plus grandes équipes.

Tom Boon, passé par le Racing, a grandi au White Star et à Uccle Sport. Il a quitté la Division Honneur en mai dernier pour filer Outre-Moerdijk dans la très réputée Ere Divisie, à Bloemendaal. Garçon réfléchi, l’Ucclois, comme un joueur d’échecs, cherche toujours à avoir un coup d’avance dans son jeu.

Les complexes au placard

Elle est révolue la période où une carrière se dessinait au coin d’un bar en fin de soirée. Le tireur de pc s’est fixé des objectifs bien précis. Il a aussi rangé au placard ses complexes. "A coeur vaillant rien d’impossible", a effacé l’éternel " l’important est de participer". Tom Boon aspire à disputer tous les matches lors des plus grands tournois : Jeux olympiques, Champions Trophy, Championnats du Monde et… Euro.

Cette semaine, à Boom, il crève l’écran. Quelques blessures l’avaient empêché d’arriver au sommet de son art aux Jeux de Londres. Cet été, il a pris une autre dimension. Le boss de l’attaque, c’est lui ! D’ailleurs, il est le seul à inscrire les pc belges. La balle lui colle au stick. Les défenseurs adverses n’arrivent pas à le stopper lorsqu’il file dans le cercle.

De son propre aveu, il détient la forme de sa vie et se rapproche de son pic de maturité. A raison de 26 heures d’entraînement par semaine et d’un "lifestyle" irréprochable, il s’est bâti un physique… parfait qui cumule puissance et endurance. Son jeu récolte les fruits de ce travail en amont.

Jeune (23 ans), hyper doué et beau gosse, il n’en fallait pas plus pour que les sponsors s’attardent sur son dossier. La marque aux trois bandes l’a happé dans son giron. Chaque année, il effectue quelques shootings photo en Allemagne. " J’avais un contrat pour le hockey. Maintenant, je représente Adidas pour les vêtements civils aussi." Les montants restent confidentiels. " Je reçois des fringues. Beaucoup de fringues. Ils m’équipent de la tête aux pieds. Ils me fournissent mon matériel dont mes sticks qui ne survivent pas plus de 5-6 semaines. Je reçois aussi de l’argent pour acheter tout ce que je veux chez Adidas."

Une cadence infernale

Quelques autres marques l’ont approché de manière ponctuelle. Coca-Cola a utilisé son image pour une campagne sur les réseaux sociaux. Ce business est assez neuf pour le prodige des Red Lions. Il envisage sérieusement de s’attacher les services d’un agent l’an prochain afin de faire le tri entre toutes ces demandes.

En pleine mutation, le hockey impose de plus en plus une cadence infernale. Ainsi, combiner des études de haut niveau et l’équipe nationale s’avère une performance de plus en plus dure à gérer. Si Tchouk Truyens est sorti de Solvay avec un beau diplôme sous le bras, d’autres ont suivi une voie plus marginale. Le sleeper des Red de 23 ans a sacrifié ses études pour vivre du stick dès son plus jeune âge.

A l’époque, ses parents n’avaient pas caché leurs inquiétudes. " Bien sûr ! Ils ont eu peur au début. Etre sportif comporte toujours un risque. Et si je m’étais blessé à 21 ans, que me resterait-il aujourd’hui ? Mais, ils ont compris et respecté mon choix." Le jeune adulte mène la vie dont il a toujours rêvé.

Financièrement, il jouit d’une parfaite autonomie même s’il refuse un mode de vie dispendieux. Ses sources de revenus sont triples : son club de Bloemendaal, l’équipe nationale et le sponsoring. " Il est possible de vivre du hockey depuis 2 ans. Il y a 5 ans, je touchais moins d’argent qu’un jeune qui se lance dans le monde du travail. Si on peut en vivre, il faut aussi investir judicieusement. Pour le moment, j’épargne pour une prépension. Je mets aussi de côté. Je songe à m’acheter un appartement ", poursuit celui qui a lancé une SPRL l’an passé pour "mettre de l’ordre dans ses comptes".

Les montants de son contrat avec Bloemendaal resteront secrets tout comme son accord avec Adidas. En revanche, la Fédération de hockey lui verse 1600 euros par mois durant les périodes "full time" comme lors d’une préparation à un grand tournoi. " J’appartiens au barême le plus haut qui est calculé en fonction du statut professionnel, de l’âge et du nombre de capes. En période creuse, je reçois 800 euros ."

Si son corps le permet, il n’envisage pas un départ à la retraite avant 10 ans. " Je suis de toute façon concentré à 100 % sur les JO de Rio. Après ma carrière ? Je ne pense pas rester dans le hockey, mais peut-être dans le sport. Je ne sais pas trop ", conclut le premier jeune qui osé franchir le cap du professionnalisme. " Et je ne le regrette pas une seconde ! " Les sponsors non plus ! Thibaut Vinel