Total en Birmanie, impunément...

par Pierre Loppe Publié le - Mis à jour le

Entreprise / Emploi

Actif en Birmanie depuis 1992, le groupe français Total est au coeur d'une polémique que la répression brutale du régime de Rangoon a soudain ravivée. Le géant pétrolier y emploie 270 personnes sur le champ de Yadana et produit près de 20 millions de mètres cubes de gaz par jour, destinés à alimenter les centrales électriques thaïlandaises.

Ces dernières années, Total s'est vu reprocher plus d'une fois cette activité lucrative qui tranche avec son souci affiché de l'éthique et de la "responsabilité sociétale". Des travailleurs birmans ont porté plainte en Belgique et en France. Le groupe a été taxé de recourir au travail forcé pour protéger ses installations et a été blanchi par la justice française... en raison de vices de procédure. Il s'est toujours montré inflexible, affirmant qu'un retrait forcé n'aurait pour effet que "son remplacement par d'autres opérateurs moins respectueux de l'éthique" et ajoutant qu'il menait un programme socio-économique en faveur des populations concernées.

"L'époque n'est plus au boycott ou à l'embargo à l'efficacité limitée dont ne souffrent que les plus pauvres", écrivait, en 2003, Bernard Kouchner, actuel ministre des Affaires étrangères et consultant privé (membre de l'opposition) à l'époque, dans un rapport controversé. La secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme Rama Yade s'est alignée sur cette position cette semaine, estimant qu'un départ de Total ne changerait pas la donne. Un conseiller du Président a été plus loin, affirmant que la population birmane serait la première à souffrir de cette "décision extrême"...

Le terrain étant ainsi bien préparé, le président Nicolas Sarkozy y est allé de sa petite sortie. "La France appelle l'ensemble de ses sociétés privées, Total par exemple, à faire preuve de la plus grande retenue, en demandant qu'il n'y ait pas de nouveaux investissements", a-t-il martelé. "Nous n'y investissons plus depuis dix ans et n'avons pas prévu d'autres projets", a rétorqué Total qui joue véritablement sur du velours.

Ce numéro de duettiste, qualifié de "mascarade" par les organisations progressistes, est pénible. Total n'a aucun souci à se faire. Le cas birman prouve qu'une firme privée a le droit de faire ce qu'elle veut, comme elle veut, là où elle veut, avec l'aval des autorités, promptes à réclamer par ailleurs des "sanctions exemplaires". Vu que l'argent n'a pas d'odeur (même de gaz...), il fructifie impunément dans les pays qui bafouent les droits de l'homme et la démocratie. Les entreprises sur le terrain font le jeu des dictateurs de la planète entière, où qu'ils sévissent, et les pressions économiques ne sont pas plus simples à mettre en oeuvre qu'une action européenne concertée. Le reconnaître, ce serait déjà un premier pas...

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