Entreprise Correspondante à Strasbourg

Deux défis: l’un économique, l’autre écologique, avec en arrière-plan la crise mondiale. Pour y répondre au moins partiellement, la solution d’une taxation du secteur financier a déjà été évoquée à plusieurs reprises. On se souviendra de la "taxe Tobin". L’Europe y revient de manière concrète: lundi soir, au Parlement européen de Strasbourg, les eurodéputés ont débattu de la possibilité d’instaurer une taxe sur les transactions financières qui dissuaderait les banques de s’engager dans des prises de risques excessives et permettrait la levée de fonds destinés à venir en aide aux pays en voie de développement, notamment dans la lutte contre le changement climatique.

L’idée d’une contribution au budget de l’Union européenne n’a par ailleurs pas été exclue. Si, sur le fond, la perspective de cette taxe n’a pas rencontré d’opposants farouches, tout le monde ayant semblé y voir une option intéressante, la grande question a été de savoir si elle était envisageable en n’étant appliquée que sur le territoire communautaire. "L’idée est séduisante, a ainsi expliqué le Français Jean-Paul Gauzès (Parti populaire européen, conservateur). Elle permettrait dans un premier temps de contrer les effets de la crise sur l’économie durable. Mais à ce stade d’une première lecture, il convient de prendre la mesure des effets de cette taxe et d’en mesurer l’opportunité. Si elle est destinée à n’être appliquée qu’en Europe, elle est inenvisageable". Le libéral finlandais Carl Haglund s’est lui aussi déclaré sceptique en déclarant en substance que dans cette éventualité, on courait droit à l’échec. La crainte étant évidemment qu’une telle réglementation n’entraîne la fuite des capitaux et des transactions ailleurs dans le monde.

Pour le Belge Louis Michel, également libéral et ancien commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, un tel discours confine à l’hypocrisie. "Réclamer l’accord de tous les Etats du monde revient à tuer l’idée même de la taxe, a-t-il dit. L’important est de se coordonner entre acteurs économiques au sein du G20 (groupe réunissant les vingt plus grandes puissances économiques mondiales, NdlR). Je suis un chaud partisan de cette taxe qui est essentielle à un moment où tous les progrès enregistrés par les pays en voie de développement sont en train d’être anéantis".

Résumant la situation, le Français Pascal Canfin (Verts) a rappelé qu’il était clair aujourd’hui qu’une grande partie de la solution aux crises économique et écologique passait par la levée de nouveaux impôts. "La question est de savoir de quel type ils seront, a-t-il poursuivi. On peut difficilement taxer les PME, créatrice d’emplois, et les ménages, déjà lourdement sollicités. Une taxe sur les transactions financières serait la solution la moins douloureuse et celle qui aurait le moins de conséquences négatives en termes de compétitivité. Il est évident qu’il vaudrait mieux qu’elle soit appliquée dans un cadre international mais y renoncer parce que, par exemple, les Etats-Unis ne suivent pas, serait s’aligner sur le plus petit dénominateur commun et renoncer au leadership. L’Union européenne peut agir seule. Les flux financiers partent et puis reviennent. Techniquement, il est possible d’assurer leur traçabilité et l’on peut exiger que si la taxe n’a pas été payée à un moment, elle le soit à un autre".

Soumise au vote des eurodéputés ce mardi, la résolution qui a été débattue lundi soir réclame en tout cas que la Commission européenne s’empare de la question et procède à une étude d’impact. Le commissaire à l’Union douanière et à la Fiscalité Algirdas Semeta a déjà annoncé qu’il veillerait à ce qu’elle ne soit pas néfaste au secteur financier et n’entraîne pas le déplacement des transactions vers d’autres régions du monde. Des propos jugés "timorés" par Louis Michel.