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Tous en chœur : "C’était une sacrée bonne semaine pour l’Europe !" Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union, les présidents du Conseil européen et de la Commission l’ont souligné et dans un élan unanime, au terme du sommet, ce vendredi à Bruxelles. Des dossiers épineux ont en effet connu des développements heureux ces trois derniers jours et des engagements ont été confirmés.

Mercredi : accord sur la réforme de la Politique agricole commune; accord des ministres des Finances sur le mécanisme de résolution bancaire; validation du ticket d’entrée de la Lettonie dans la zone euro en 2014.

Jeudi : compromis sur le budget 2014-2020 entre le Conseil et le Parlement, le matin. Et le soir, accord des Vingt-sept sur un paquet de mesures pour lutter contre le chômage, des jeunes en particulier, et un plan européen de financement des PME via la Banque européenne d’investissement et la Commission.

Vendredi : accueil chaleureux du Premier ministre croate Milanovic au Conseil européen, à la veille de l’adhésion de son pays et confirmation de l’ouverture des négociations avec la Serbie, en 2014.

Les dirigeants européens ne cèdent cependant pas à l’euphorie. Car il existe au moins trois raisons de rester vigilant.


1Un Pacte de croissance au ralenti

La réduction du nombre de 26 millions de chômeurs dans l’Union "n’est pas mission impossible, mais le problème ne sera pas résolu du jour au lendemain", rappelle le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. "Les racines du mal sont profondes", complète une source de la Commission. Le Pacte pour la croisssance et l’emploi, lancé il y a tout juste un an, devrait contribuer à favoriser l’emploi. Mais des retards, parfois importants, sont constatés sur les chantiers du Marché intérieur, de l’énergie, de l’agenda digital, de la recherche et de l’innovation. Aussi, les 120 milliards d’euros dont est doté le pacte ont été insuffisament exploités. Où est le problème ? "Essentiellement au niveau de la mise en œuvre au niveau national", juge l’insider de la Commission. D’ailleurs, la Danoise Thorning-Schmidt l’a rappelé à ses pairs, jeudi soir : "Chacun doit faire ses devoirs à la maison".


2. Des progrès mesurés vers une véritable Union économique et monétaire

L’Union bancaire progresse, mais moins vite qu’espéré. L’Allemagne freine l’installation d’une autorité centrale pour gérer le mécanisme de résolution bancaire. Si ce rôlé échoit à la Commission, il faudra changer les traités, avertit la chancelière Angela Merkel.

Et pour de réelles avancées sur l’Union budgétaire, dont un "budget" de la zone euro, sans même parler de l’Union politique, il faudra attendre. Quoi ? Après les législatives allemandes, pardi. "Je ne vois pas une seule décision européenne qui ait été retardée parce que nous avons des élections en septembre !", rétorque la chancelière, agacée. Mais selon un diplomate, c’est clair : "Tout le monde ménage Merkel parce que nous savons tous que nous aurons encore affaire à elle après le 22 septembre".

Le président français François Hollande n’en estime pas moins que "les pays de la zone euro doivent aller plus loin et plus vite", vers l’intégration. "La zone euro […], c’est l’avenir de la construction européenne", assure le Français. Peut-être. Mais "il va falloir trouver une façon pour que tout le monde se sente à l’aise dans la construction européenne" commente la source communautaire . "Sans que les pays qui ne veulent pas avancer freinent les autres; et sans que ces pays se sentent obligés de faire ce qu’ils ne veulent pas". Qui a dit : quadrature du cercle ?


3. Des tensions persistantes entre "Bruxelles" et Paris

Après les échanges musclés de la semaine, François Hollande et le chef de l’exécutif européen, José Manuel Barroso avaient décrété la fin des hostilités. Le message, apparemment, n’est pas parvenu jusqu’à Paris. "Barroso n’a rien fait de son mandat", a asséné vendredi matin la ministre française du Commerce, Nicole Bricq. Il "est le contraire du rêve européen", flingue le leader du PS français, Harlem Désir. Bravo pour l’apaisement. "Tandis que d’autres parlent, moi je travaille", riposte le Portugais. Sans explicitement rappeler ses troupes à l’ordre, le président français a dit son "respect pour les institutions communautaires", qui sont "légitimes". Et souligné qu’il doit encore travailler avec les représentants de celles-ci, jusqu’aux élections de 2014. N’empêche : François Hollande et, dans une moindre mesure, José Manuel Barroso, sortent affaiblis de ce conflit verbal.