Entreprise

Une large flotte de camions bleus de toute taille, une équipe de chauffeurs professionnels, un logo simple, un nom court et percutant, faisant la part belle à la logistique, ce secteur en pleine croissance qu'exploitent les transporteurs pour accroître leur rentabilité... les entreprises de transport ne s'y trompent pas: ABX Logistics est bien l'une des leurs.

Sur les portes des véhicules, pourtant, aucune adresse de société, comme l'oblige la loi. Dans les documents, aucun numéro de T.V.A.

Et pour cause: ABX n'en possède pas. Il ne s'agit pas d'une société à part entière, mais bien d'une division de la SNCB, entreprise publique.

Ce détail agace profondément les trois fédérations belges de transporteurs et l'association des entreprises de messagerie (BCA) qui ne cessent d'accuser ABX de concurrence déloyale. Nous ne souhaitons pas la suppression d'ABX, nous voulons seulement que l'entreprise soit soumise aux mêmes obligations que les autres sociétés de transport routier, déclare Isabelle De Maegt, porte-parole de la Febetra. Or, il semble injuste aux transporteurs que leur puissant concurrent intègre ses comptes dans ceux de la SNCB, utilise des chauffeurs au statut de cheminots ou bénéficie d'aides financières indirectes de l'Etat par le biais de l'entreprise ferroviaire.

A la fin de l'année dernière, Jean-Pierre Haesen, directeur de la fédération radicale UPTR, affirmait avoir transmis à Isabelle Durant un dossier complet prouvant les incorrections relatives à ABX. Dans un tel contexte, le Conseil des ministres restreint a tenu en haleine de nombreux transporteurs... mais pour rien, à les entendre.

Le fait qu'ABX bénéficie encore d'argent du contribuable, par le biais d'un prêt de 50 millions d'euros, est tout à fait inacceptable, écrivait lundi SAV dans un communiqué. La fédération flamande estime que la décision prise à propos du sort d'ABX laisse l'entreprise dans la position qu'elle a toujours occupée, malgré la participation de capitaux privés.

De son côté, la BCA souligne que le recours au secteur privé aurait pu se produire beaucoup plus tôt, avant que la SNCB ne dépense 750 millions d'euros en 10 ans à tenter de redresser la situation financière de sa division colis. Dans un communiqué, la BCA conclut que le secteur du transport et de la logistique devra continuer à supporter la concurrence déloyale d'ABX.

Heureusement, dans un sens, les transporteurs ont davantage tendance à hausser les épaules qu'à entamer des révolutions. Successivement touchés par les hausses répétées du carburant en 2000, par la pénurie progressive de personnel roulant qualifié, par le ralentissement économique et par la menace de concurrence bon marché en provenance de l'Est, ils tentent avant tout de sauver les meubles. Leurs meubles. Sans cesser de critiquer ceux qui se font aider.

© La Libre Belgique 2001