Entreprise

L'usine VW à Forest fait depuis des années l'objet d'alarmantes rumeurs de lourde restructuration et de fermeture en raison, dit-on dans la presse allemande, de coûts salariaux trop élevés, d'une localisation en milieu urbain et d'un climat social détestable. Ces dernières années, si le site a vu raboter sa production et ses effectifs (on comptait encore plus de 7 000 personnes en 2000 contre 5 400 aujourd'hui), l'usine s'est améliorée sur nombre de critères économiques et sociaux à tel point que, rappellent les syndicats, les performances économiques sont citées en exemple au sein du groupe allemand. Alors pourquoi un tel séisme social aujourd'hui ?

La volonté du constructeur allemand de supprimer deux tiers des emplois à Forest est, de l'avis unanime des syndicats et des autorités politiques belges, une décision éminemment politique. En prenant la tête du gouvernement allemand, Angela Merkel avait clairement annoncé la couleur. Pour réduire le chômage outre-Rhin - l'une de ses priorités -, elle avait dit qu'il fallait rapatrier du travail et de la production en Allemagne. Le message a visiblement été reçu 5 sur 5 par la direction du constructeur allemand. La nomination surprise il y a deux semaines d'un nouveau patron à la tête de VW, Martin Winterkorn, proche dit-on de son parti le CDU, n'a pas non plus joué en faveur de l'implantation belge.

Les appels, ces derniers jours, du Premier ministre Guy Verhofstadt à éviter tout réflexe nationaliste n'y ont rien fait. "Je suis déçu de devoir constater que ce sont essentiellement des considérations nationales qui constituent le fondement de cette décision", a-t-il réagi après l'annonce de la mauvaise nouvelle. Clairement, l'usine de Forest a le malheur, pour elle et ses travailleurs, d'être située en dehors de l'Allemagne. Et de ne produire qu'un seul modèle, la Golf, qui plus est, qui constitue le modèle emblématique du siège du constructeur à Wolfsburg. Même si la Golf demeure la voiture la plus vendue en Europe dans son segment (berlines compactes, devant l'Opel Astra et la Ford Focus), ce segment perd du terrain au profit des petits mono-volumes.

. La productivité du site n'a jamais été aussi bonne. Dans le classement international du constructeur allemand, VW Forest est passé, l'an dernier, de la 12e à la 2e place. "Ce classement s'établit sur base de plusieurs critères : productivité, qualité, fiabilité, coût par voiture, absentéisme", explique Guy Daneel de la CSC-Metal. Rien qu'en termes de productivité, celle-ci est bien meilleure que celle du principal site allemand (Wolfsburg). Seule l'usine slovaque de Bratislava bat Forest. "En moins de deux ans on est passé de 250 à 373 Golf produites en moyenne par jour pour chacune des trois équipes", indique Jacques Guilmot, un ancien délégué syndical FGTB. Parmi les autres points forts, il y a aussi l'Automotive Park, ce parc industriel dédié aux sous-traitants de VW, dans lequel la Région bruxelloise a beaucoup investi dans l'espoir de pérenniser les activités sur le site à Forest. Même sa localisation, située en milieu urbain, n'est plus un handicap : le site est directement relié au ring et au rail, situé près du port d'Anvers et au coeur de l'Europe. Et les jours de grève y ont fortement diminué.

Des coûts salariaux plus élevés qu'en Allemagne ? Les médias allemands le prétendent. Agoria le reconnaît (lire en page 6). Mais "faux", rétorque le Premier ministre. Depuis la perte de 3 000 emplois à Ford Genk en 2003, le gouvernement a pris des mesures pour que les coûts salariaux dans l'industrie automobile belge restent en dessous de ceux des usines allemandes. L'accord sur l'allongement du temps de travail en Allemagne sans compensation salariale, qui selon Guido Nelissen du service d'études de la CSC-Metal, s'apparente à "une modération salariale de 15 pc" n'a pas fait les affaires du gouvernement qui a dû consentir à un nouvel effort dans son budget 2007 (nouvelle réduction des charges sur le travail en équipe) pour que nos usines restent compétitives par rapport aux sites allemands. Selon les calculs des syndicats, les coûts salariaux à VW Forest resteront inférieurs à ceux de Wolfsburg.

© La Libre Belgique 2006