Entreprise Introspection

Invité des Grandes Conférences catholiques, Michel Pébereau, président d’honneur de la Banque BNP Paribas, a retracé les contours du paysage financier actuel. C’est par un discours relativement convenu que cet ancien dirigeant du grand groupe bancaire a souligné les défis auxquels doivent faire face, aujourd’hui, les institutions de ce secteur.

Après avoir subi le choc de deux crises consécutives, la crise financière de 2007 et la crise des dettes souveraines, les banques ont retrouvé la confiance de leurs clients mais elles doivent encore reconquérir une confiance plus générale. Le premier défi à relever est l’apport que les banques peuvent fournir pour assurer la stabilité financière et éviter les crises systémiques. "Certaines banques européennes ont été davantage victimes que responsables de la crise des dettes souveraines. Bien sûr, certaines banques sont responsables de la situation dans laquelle elles se trouvent en raison des prêts toxiques qu’elles ont octroyés ou en raison du manque de surveillance de leur liquidité et de leur solvabilité. Il faut, aujourd’hui, tirer les leçons de cette situation en acceptant de nouvelles règles bilantaires. Mais il conviendrait d’approfondir préalablement la réflexion sur ces mécanismes de contrôle. Rappelons que 75% de l’économie repose sur les octrois de prêts bancaires" , souligne Michel Pébereau.

Les normes prudentielles doivent donc s’envisager dans le cadre d’une union bancaire européenne en organisant une supervision et un cadre de protection des épargnants uniques pour l’Union européenne. Dans ce contexte régulateur, Michel Pébereau nous a confié que la séparation des métiers de la banque n’était pas nécessaire car les nouvelles règles prudentielles réduisent déjà la capacité d’octroi de crédits des banques. "Les entreprises doivent donc pouvoir trouver auprès de leur banquier des activités à la fois de marché et de crédit pour pouvoir se financer."

Le deuxième défi consiste à aider les clients, les entreprises, dans le développement de leur projet dans une situation de croissance anémiée. "Il convient de nous adapter à l’environnement compétitif de la mondialisation et, dans ce cadre, l’Europe bénéfice d’atouts non négligeables" , constate Michel Pébereau.

Le troisième défi concerne le développement du secteur bancaire lui-même. Le secteur bancaire européen doit assurer sa compétitivité en contrôlant ses risques et en rétablissant son avantage concurrentiel. Il doit enfin relever un dernier défi : celui de la confiance. "Cela nécessite que les banques se préoccupent d’éthique . Une éthique vis-à-vis du personnel mais aussi vis-à-vis de la clientèle à laquelle il faut fournir un service de qualité, transparent en veillant à ses intérêts", ajoute Michel Pébereau.

Interrogé sur la phrase prononcée récemment par Maurice Lippens, ancien président de la banque Fortis, Michel Pébereau répond avec prudence. Pour rappel Maurice Lippens s’est exprimé par ces mots : "Je n’ai jamais été banquier. J’avais une compréhension de ces matières relativement superficielle." Michel Péberau souligne qu’en matière de gouvernance, il y a deux styles qui prévalent. Le style anglo-saxon où les présidents des conseils d’administration de banques ou d’entreprises sont rarement des personnes issues du secteur alors que les CEO le sont.

Dans le système français, les présidents et les directeurs généraux de banques sont, généralement, issus du monde bancaire. "Ce que M. Lippens dit est donc compatible avec un mode de gouvernance britannique. Je ne peux pas juger de ses propos. C’est lui qui en est responsable. Je reconnais que c’est une situation possible et que les deux modes de gouvernance fonctionnent même si, personnellement, je privilégie un système où ce sont des banquiers qui occupent ces deux fonctions", reconnaît Michel Pébereau.