Entreprise Sandrino Graceffa a pris la tête de SMart, société mutuelle pour artistes. Il entend bien en faire une véritable entreprise partagée.

12 janvier 1966 : naissance de Sandrino Graceffa, fils de mineur du Pas-de-Calais d’origine italienne.

1987: diplôme d’Etat d’éducateur spécialisé en France. Il travaille alors entre autres comme directeur d’un centre socioculturel.

1998: il reprend un cycle de formation à l’Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis (Nord) pour obtenir un master en développement local et économie sociale.

2001: il crée Multicité, une agence de conseil en développement local.

2010: il met sur pied Initiatives et Cité, cluster de l’économie sociale, et lance parallèlement SMart France.

Avril 2014 : il prend la tête de SMart.

Rencontre Solange Berger

Cela grimpe bien pour arriver dans le bureau de Sandrino Graceffa. Il faut du souffle. Mais celui-ci devra bien s’y habituer. Situé au 3e et dernier étage sans ascenseur d’une haute maison typiquement saint-gilloise, ce bureau est désormais le sien depuis qu’il a repris la tête de SMart (Société mutuelle pour artistes). Un lieu qui abrite aussi quelques œuvres originales d’artistes contemporains. C’est normal : SMart est là pour défendre ces artistes - et ceux qui exercent des activités périphériques - et les aider dans leurs démarches (administratives, juridiques,…).

Créé en Belgique il y a juste 15 ans par Pierre Burnotte et Julek Jurowicz, qui viennent de passer le flambeau, SMart - ou la SMart comme l’appellent les plus anciens - accompagne quelque 55 000 membres en Belgique et est actif dans 10 pays.

"Pierre Burnotte et Julek Jurowicz ont inventé un mode de structuration qui n’existait pas. Ils permettent à des gens de se développer en toute autonomie mais dans un système mutualiste", explique Sandrino Graceffa, qui a rencontré, en 2006, les deux fondateurs lors d’un salon du spectacle à Nantes.

Educateur spécialisé au départ, Sandrino Graceffa s’est orienté, en reprenant des études à 32 ans, vers le développement local. En 2001, il crée son agence de conseil pour les élus et dirigeants locaux qui avaient des projets avec un impact sur l’économie locale. En 2010, il lance Initiatives&Cité, le premier cluster de l’économie sociale en France. "En parallèle, j’ai développé le concept de SMart en France. Quand j’ai rencontré les fondateurs en 2006, ils étaient à la recherche de partenaires en France et moi je cherchais des idées pour structurer l’accompagnement et le développement d’artistes", raconte l’entrepreneur social, qui estime que "les artistes sont générateurs d’activité économique mais n’ont pas toujours les compétences de gestion suffisantes".

Toujours à la tête de Smart France pour l’instant, il accompagne à peu près 500 porteurs de projets. "Les artistes et les créatifs sont en fait assez précurseurs de ce que sera l’organisation du travail et de l’emploi dans le futur. Ils aiment avoir de l’autonomie tout en ayant besoin de travailler de manière connectée avec d’autres professionnels. Même si certains artistes sont enfermés dans leur atelier… Ils travaillent aussi souvent par projet, ce qui implique, par nature, une certaine discontinuité. Et tout ceci rime souvent avec précarité."

Mais pour le nouveau patron de SMart, la précarité n’est pas une fatalité. "Nous avons l’ambition de croire qu’on peut avoir cette discontinuité dans le travail tout en bénéficiant d’une forme de solidarité et de mutualisation qui permettent d’adoucir les effets de la précarité." Ceci passe notamment par des conseils en matière administrative ou juridique, une meilleure protection sociale, une meilleure assurance,… "Une personne seule ne peut pas négocier avec une compagnie d’assurance comme le font 55 000 membres". SMart a aussi mis en place un fonds de garantie qui permet de faire une avance financière entre le moment de la prestation et le moment où elle est payée.

"Tout ceci permet de développer son activité avec plus de quiétude", note Sandrino Graceffa, qui estime qu’il faut aller vers une nouvelle forme d’organisation économique. "Plus coopérative. Avec plus de solidarité", précise l’entrepreneur social, qui aime beaucoup le concept de l’entreprise partagée. "Est-il vraiment nécessaire d’être propriétaire de tout ? On voit se développer le partage de voitures, de vélos ou même de bureaux avec le coworking. On peut extrapoler le principe. Faut-il chaque fois créer une entreprise quand on a un projet à développer ? Je pense qu’il n’est pas utile que chacun ait sa microentreprise. Il est peut-être préférable d’avoir une seule et même entreprise à partager. C’est le principe de la mutuelle. De l’entreprise partagée. C’est comme cela que nous nous voyons. Nous mettons en commun tout ce qui est nécessaire pour développer une activité économique. Cela peut très bien s’appliquer à d’autres secteurs."

Son souhait d’ailleurs est de pouvoir étendre le système à d’autres professions. Sans qu’il soit question de s’étendre pour s’étendre. "Le métier d’artistes est très complexe. Alors, qui peut le plus, peut le moins…"