Un lion dans le ventre

PAR SANDRINE VANDENDOOREN Publié le - Mis à jour le

Entreprise

FLASH-BACK

Pierre Dumont, le directeur des ressources humaines du groupe Delhaize, prendra sa retraite à la fin de l'année. Agé de 64 ans, l'homme a effectué toute sa carrière dans le groupe.

A quoi ressemblait la grande distribution, à votre arrivée chez Delhaize?

En 1964, la distribution alimentaire était en plein boom. C'était l'époque des Golden Sixties. Delhaize avait joué les pionniers en ouvrant en 1957 le premier supermarché en Europe, place Flagey à Bruxelles. Très vite, les autres distributeurs nous ont copiés au niveau du format (400 m) et du concept (libre service). La période était très fertile en nouvelles ouvertures. Tout le monde avait compris que le temps des succursales classiques (avec service au comptoir) était révolu. Et c'était à celui qui parviendrait à trouver le plus grand nombre et les meilleurs emplacements. Nous avons aussi compris qu'il fallait des emplacements avec parking - les gens commençaient à rouler en voiture - et que le centre-ville n'était pas nécessairement l'endroit idéal pour ouvrir un magasin. Nous avons donc installé des points de vente en périphérie. Cette course à l'ouverture des supermarchés nous a aussi permis de restructurer de manière acceptable notre ancien réseau de magasins. Nombre de gérants de ces petits magasins sont ainsi devenus directeurs, chef de rayon ou encore conseiller en vin dans les supermarchés.

A cette époque, Delhaize possédait combien de magasins?

En 1964, on dénombrait 15 supermarchés. Dix ans plus tard, au moment de l'instauration de la loi Cadenas (limitant la prolifération des grandes surfaces), il y en avait 75. Et aujourd'hui, Delhaize compte 120 points de vente. En ce qui concerne les magasins classiques (au nombre de 250 en 1957), ils ont été progressivement fermés. Ce processus a duré 25 ans. Le dernier petit magasin a été fermé en 1984.

D'où est venue l'idée de conquérir les Etats-Unis?

La loi Cadenas nous a posé devant l'alternative suivante: soit nous nous lancions dans un autre métier en Belgique, soit nous développions notre métier à l'étranger. Nous avons opté pour les deux. Nous avons lancé la chaîne Di (drogueries) et les `discount´ (Dial) que nous avons fermés il y a quelques années et nous avons réactivé la chaîne de magasins indépendants (AD Delhaize). Parallèlement à cela, nous avons entamé notre expansion internationale, aux Etats-Unis. De tout temps, les dirigeants de Delhaize ont toujours été très attirés par ce pays, où ils prospectaient pour voir l'évolution du commerce alimentaire. L'idée du premier supermarché vient de là. En 1957, Delhaize se cherchait un nouveau souffle car tout le monde faisait la même chose dans la distribution. Le premier supermarché a permis de lui redonner ce second souffle. Le troisième souffle est venu en 1974 de l'aventure américaine.

Le secteur de la distribution a toujours été très syndicalisé. On a l'impression qu'il y a eu moins de conflits sociaux chez Delhaize qu'ailleurs...

S'il y a toujours eu une forte syndicalisation dans la distribution belge, c'est parce que ce secteur est à forte intensité de main-d'oeuvre, pour la plupart peu qualifiée et qui traditionnellement avait des conditions de rémunération et de travail inférieures à celles d'autres secteurs. Belle cible donc pour les syndicats qui ont amélioré les conditions salariales et la sécurité d'emploi. Pourquoi apparemment moins de pression chez Delhaize? La raison principale est que la société a toujours été en croissance et n'a pas restructuré, comme certains de ses concurrents. D'où une certaine confiance qui s'est établie avec les partenaires sociaux. La pression sociale est peut-être moins forte ici mais ce n'est pas rose tous les jours pour autant.

Self-scanning, carte de fidélité, plats préparés... Delhaize a toujours eu une `poussette´ d'avance. Comment expliquez-vous cela?

Cela a beaucoup à voir avec la créativité de Jean de Cooman d'Herlinckhove, le petit-fils du fondateur, qui a réussi à insuffler ce vent nouveau dans l'entreprise. Qui se résume comme suit: `nous devons être les premiers dans tout ce que nous faisons car nous devons défendre notre image de qualité´. C'est ce que l'on a appelé ici `le lion dans le ventre´. Chaque personne qui entre chez nous pour y rester, attrape un lion dans le ventre, c'est-à-dire qu'elle a la rage de faire avancer l'entreprise.

Delhaize est aujourd'hui l'un des rares groupes toujours belges à avoir une taille mondiale. Sa recette?

La qualité du management. Quatre dirigeants ont joué un rôle clé dans le succès de l'entreprise: Jean de Cooman d'Herlinckhove a été le créateur; son successeur Guy Beckers fut dans les années 60-70 le guide et le bâtisseur; Gui de Vaucleroy, le consolidateur et celui qui a ouvert la voie internationale et; enfin Pierre-Olivier Beckers, l'actuel patron qui est le visionnaire quant à la pérennité de l'entreprise.

© La Libre Belgique 2002

PAR SANDRINE VANDENDOOREN

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