Un pilote témoigne : "Chez Ryanair, le management est sans foi ni loi. Ils sont épouvantables"

- Publié le 11-08-2018 à 11h41
- Mis à jour le 12-08-2018 à 15h45

Un ancien pilote de chez Ryanair a accepté de témoigner, mais anonymement, à propos des conditions de travail au sein de la compagnie low-cost. Formation payante, pression sur les employés, menaces : autant de raisons qui l'ont poussé vers la sortie. Le pilote, désormais actif dans une autre compagnie, appelle d'ailleurs les voyageurs à boycotter Ryanair. Il est l'Invité du samedi de LaLibre.be.
Pourquoi avez-vous quitté Ryanair ?
Pour des raisons de carrière et pour des raisons personnelles. Chez Ryanair, ce sont des gens sans foi ni loi. Tout le management à Dublin est composé de gens comme ça. Mais bon, le fond du débat, c'est qu'est-ce qui rend Ryanair possible ? Pour moi, c'est cette Europe ultra libérale qui permet ça.
Ryanair, ce sont des gens épouvantables. Ils font plus d'un milliard de bénéfice par an tout en exploitant les gens. Ils paieraient le personnel 100 euros par mois s'ils le pouvaient.
Ils partagent leurs profits avec leurs shareholders. Les actionnaires, c'est tout ce qui compte.
J'ai des amis qui travaillent encore là-bas, et ils en ont marre de cette ambiance. Ça leur pèse. Ils veulent faire la grève. Et ils auraient pu témoigner, mais même avec l'anonymat garanti, ils ont peur. Quand on a un job, une famille, on n'est jamais sûr à 100%... C'est risqué.
Comment ça se passait lorsque vous aviez des revendications, comme aujourd'hui ?
C'était très clair. C'était des menaces immédiates. On recevait des mémos, ce n'était pas écrit noir sur blanc qu'on allait perdre son job, mais c'était compréhensible. Il y en a plusieurs qui ont perdu leur job parce qu'ils ont témoigné à visage découvert. On avait très peu de droits, c'était difficile. Et comme copilote, comme on veut devenir commandant de bord, ils te mettent la pression, et on fait profil bas. Ils font des menaces. Comme celle de délocaliser leurs bases, comme récemment en citant la Pologne. C'est typique Ryanair. "Votre petite base à Dublin ? Votre famille ? Ca ne sera peut-être plus possible", disent-ils. C'est du chantage. C'est très pénible. Et niveau sécurité sociale, pension, etc., Ryanair n'en a absolument rien à faire.
Pourtant, on sort d'une école qui a coûté entre 80 et 100 000 euros. Ensuite, quand on trouve un job chez Ryanair, ils nous disent qu'il faut payer la formation pour voler sur les Boeing 737. Donc, en plus de la formation de pilote, s'ajoutent les 30 000 euros de la formation pour cette qualification. Et la sélections auparavant coûte déjà environ 500 euros.
Et pour l'entraînement, c'est particulier, car rien n'est payé. Absolument rien. On devait même payer pour nos uniformes. Quand on allait en piscine pour répéter les procédures d'évacuation, il fallait même payer pour les places de parkings. Heureusement que j'avais des parents qui ont pu m'aider. Mais j'ai dû faire un emprunt. Sinon c'est inabordable.
Une carrière chez Ryanair, ce n'est pas viable ?
Si. Il faut dire que l'horaire est assez avantageux. Le pilote peut être tous les soirs chez lui. Pour certains pilotes, ça n'a pas de prix. Et une fois qu'on est commandant de bord, le salaire reste correct. Mais on a la vie des gens entre les mains, le salaire est largement justifié. C'est un métier très usant. L'air conditionné, les radiations, les horaires très contraignants, les sacrifices, c'est tout cela qui justifie ce salaire.
Les pilotes font grève aujourd'hui car ils veulent surtout des contrats locaux. Avec des droits du travail du pays où ils vivent. Comme le fait Easy Jet. Chez Ryanair, ils s'en fichent.
Mais les grands groupes sont tous comme eux je crois. C'est ce qui rend possible Ryanair qui m'affecte le plus. Des gens comme O'Leary, il y en a des millions sur Terre, mais il ne faut pas les laisser faire.
Vous appelez les gens à boycotter Ryanair ?
Oui. Consommer, c'est voter. C'est un choix à faire.
