Un produit financier qui dérange

Ph.G. Publié le - Mis à jour le

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Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires !" Tel est le slogan vantant un produit financier de la banque KBC qui investit dans plusieurs matières premières agricoles. Choqués par ce message qui considère comme une "opportunité" la "pénurie d'eau et de terres agricoles exploitables" ayant pour conséquence "une pénurie de produits alimentaires et une hausse du prix des denrées alimentaires", plusieurs clients et prospects de la banque ont dénoncé une "attitude purement spéculative" alors qu'à l'autre bout de la planète, des gens meurent de faim ou de soif à cause de la hausse des prix des aliments et de la raréfaction de l'eau potable.

Contactée lundi à ce sujet, KBC prend la défense de cette assurance vie dont le rendement est lié à l'évolution du prix du cacao, du café, du sucre, du blé, du maïs et du soja. Premièrement, la banque estime que l'existence de ce placement n'affecte pas le cours des denrées alimentaires concernées. "Que ce produit financier existe ou non, les cours de ces matières premières alimentaires ne sont pas influencés, affirme une porte-parole de KBC. Ces prix se décident ailleurs."

Deuxièmement, la banque souligne qu'il s'agit là d'un secteur d'investissement comme un autre : "D'autres matières premières, telles que l'aluminium, le pétrole ou l'or, voient également leur cours grimper fortement." Troisième argument de KBC : cette assurance, dite "de la branche 23", c'est-à-dire liée à un panier d'actifs cotés, permet aux particuliers qui l'achètent de se couvrir contre la hausse des prix alimentaires. "Comme le produit financier est lié à cette hausse, il permet aux particuliers de supporter l'augmentation des frais liée aux prix de plus en plus élevés des matières agricoles, avec en outre une protection du capital", indique la porte-parole.

Quatrièmement, KBC rappelle que la période de souscription de cette assurance vie est terminée. Elle s'étalait du 4 au 29 février 2008. Si l'on en parle maintenant, c'est parce que "ce thème est sur le devant de la scène médiatique pour l'instant", estime la porte-parole. Enfin, la banque rappelle que, pour ceux qui veulent éviter à tout prix d'investir dans des produits qui ne correspondent pas à certains critères éthiques, elle propose des placements durables où davantage de critères sont utilisés pour le choix des investissements.

Dans la sphère politique, certains ne sont pas convaincus, loin de là. Le parti socialiste considère que KBC "propose aux épargnants belges de s'enrichir en affamant encore un peu plus les plus pauvres habitants de la planète". En réaction, il a concocté une proposition de loi qui "vise à interdire l'offre et la diffusion de produits financiers dont le seul objectif est de spéculer sur la hausse des prix des denrées alimentaires et d'en tirer profit".

"Il faudrait une loi-cadre"

"Sur le principe, cette proposition va dans le bon sens", commente Bernard Bayot, directeur du Réseau financement alternatif, association qui milite pour davantage d'éthique dans la finance. A travers sa campagne intitulée "Je choisis" (LLB 04/03), le Réseau financement alternatif veut même aller plus loin. "Il faudrait une loi-cadre interdisant les investissements dans toutes les activités qui sont contraires aux engagements de la Belgique en matière de droits de l'homme, d'environnement, etc.", explique Bernard Bayot. "C'est évidemment au législateur de faire l'inventaire, dans toutes les conventions internationales, des droits à protéger de la sorte."

Un cavalier seul de la Belgique ne nuirait-il pas à la place financière belge ? "Dans d'autres pays, il existe déjà des listes noires d'entreprises qui ne respectent pas certains droits fondamentaux; seules quelques dizaines de sociétés sont visées, ce qui n'obère pas trop la marge de manoeuvre des gestionnaires financiers", soutient Bernard Bayot. Reste qu'une législation belge interdisant ce type de spéculation n'empêchera évidemment pas que des investisseurs s'y adonnent depuis l'étranger.