Entreprise

ÉCLAIRAGE

ABX sera-t-il à la SNCB ce que la commande de 34 Airbus aura été pour la Sabena, à savoir une monumentale erreur de jugement pouvant s'avérer fatale pour la survie de l'entreprise? Certains se hasardent déjà aujourd'hui à la comparaison. Hier, Isabelle Durant; ministre de tutelle de la SNCB, expliquait que le `pari ABX s'était soldé par un échec´. Un pari démarré au début des années 90 et porté à bout de bras par Etienne Schouppe, le précédent patron du rail belge. Mégalomane et piètre gestionnaire pour les uns, véritable visionnaire pour les autres - qui jusqu'il n'y a pas si longtemps le considérait encore comme `un des meilleurs patrons ferroviaires d'Europe´ - Etienne Schouppe ne laisse en tout cas personne indifférent. L'aventure débute en 1993: ABX Logistics est alors créé pour succéder à l'ancienne SNCB Colis. La direction du rail a alors deux possibilités: céder cette activité marginale ou la repositionner en lui donnant les moyens de ses ambitions. C'est cette seconde option qui sera finalement retenue. L'idée est alors de dépasser largement le cadre des petits colis pour faire d'ABX une véritable société de transport à part entière. Avec l'ambition de faire jouer à plein les synergies avec le rail et notamment avec B-Cargo, l'opérateur fret de la SNCB qui commercialise le transport ferroviaire de marchandises de l'opérateur. D'autant que B-Cargo devra évoluer dans un marché libéralisé à partir de 2003. Synergies également avec Inter Ferry Boats (IFB), gérant de terminaux fluviaux.

Très rapidement, ABX va se sentir à l'étroit en Belgique. En 1997, la SNCB décide de franchir un cap important: son comité de direction décide à l'unanimité de faire d'ABX une société internationale de transport. Les acquisitions vont alors se succéder à un rythme d'enfer aux quatre coins de la planète.

En Belgique, aux Pays-Bas, en France, en Italie, au Portugal, en Turquie mais aussi en Corée du sud, aux Philippines. Aujourd'hui, ABX Logistics emploie 16000 personnes dans 500 centres situés dans 36 pays: 14 en Europe, 6 en Amérique, 13 en Asie et 3 en Afrique. L'an dernier, le groupe a réalisé au niveau mondial un chiffre d'affaires de près de 3 milliards d'euros. Depuis sa création, les activités d'ABX se sont diversifiées: elles ne se limitent plus aujourd'hui au simple transport de petits colis par route. Car ABX, ce sont aussi aujourd'hui des `services express´, des services de transport sur mesure par air et par mer et des produits offrant à la clientèle des possibilités de stockage et de gestion de marchandises.

Mais, la SNCB - qui a dépensé dans cette stratégie plus de 600 millions d'euros - n'y trouve pas son compte. Les synergies promises restent quasi inexistantes et les comptes de la plupart des grosses filiales (à l'exception de la Belgique et de l'Italie) s'enfoncent chaque année un peu plus dans la rouge sur fond d'interrogations croissantes sur la qualité de la gestion et du reporting financier pratiqué. Même si Etienne Schouppe continue à y croire dur comme fer - promettant régulièrement que la rentabilité sera bientôt au rendez-vous - de plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer l'opacité de la structure ABX, considérée comme une sorte de `boîte noire´ où restent tapis dans l'ombre de nombreux cadavres dans les placards. Les décisions qui seront prises ce jeudi lors du conseil d'administration de la SNCB devraient marquer la fin du rêve d'Etienne Schouppe. Un rêve qui laissera une facture salée à une SNCB dont le conseil d'administration n'aura pas été capable de tirer à temps la sonnette d'alarme. Tiens, tiens, comme à la Sabena...

© La Libre Belgique 2002