Entreprise

Si le Sablon est traditionnellement appelé «le quartier des antiquaires», leur hégémonie n'est plus celle qu'elle était il y a vingt ans. Sérieusement implantés, les chocolatiers participent à la refonte de celle longtemps considérée comme la plus bruxelloise des places.

Acheter du chocolat à Bruxelles est presque devenu synonyme de passage au Sablon. Si la ville regorge de points de vente, la petite place à deux pas de la Grand'a l'avantage de proposer le choix entre les plus grands noms du chocolat belge. Wittamer bien sûr, Marcolini, Godiva, Neuhaus, autant d'enseignes présentes sur le Sablon pour une rencontre entre deux symboles, le tout sur un air de prestige. A en juger par le visuel on ne peut plus soigné des boutiques, l'enjeu est de taille. Le Sablon à tout prix, pourquoi?

Le rayonnement de la place la rend très attrayante pour les commerces haut de gamme. Être présent sur le Sablon, c'est un peu comme entrer dans un club où les places sont très chères. Pour Sophie Gerriet, responsable marketing et communication de la maison Marcolini, «avoir un emplacement au Sablon assoit la marque à Bruxelles, en Belgique, mais également au niveau international». Un impact confirmé par Hugues Tomeo, responsable image de Neuhaus. Selon lui, «être vu sur cette place est très important, c'est «the place to be» à Bruxelles, le Sablon donne une image internationale». Un standing que les marques tentent d'honorer avec des boutiques aux allures de sanctuaires du chocolat.

La renommée internationale de la place n'entache pas son côté «village haut de gamme». La Grand'Place reste le passage préféré des touristes, la boutique qu'y tient Godiva est d'ailleurs son meilleur chiffre de vente au niveau mondial.

En revanche, la clientèle belge s'arrête beaucoup plus volontiers au Sablon pour faire des achats. Elle reste fidèle à la place. Chez Godiva et Neuhaus, on la situe même largement devant une clientèle touristique plus curieuse qu'acheteuse.

«Must-buy» ?

Clientèle fidèle ou nouvelle? Le Sablon est devenu un lieu à la mode pour les apéritifs de fin de journée. S'il est bon d'être vu sur la place pour les enseignes, cela l'est tout autant pour une population dorée et demandeuse. Le chocolat est-il entré dans la liste des «must-buy» de cette nouvelle clientèle? «Les gens ont leurs habitudes, ils prennent un café sur le Sablon puis viennent acheter des chocolats» explique Viviane Burgess, responsable communication de Godiva.

Fins connaisseurs ou «m'as-tu-vu», les ventes des chocolatiers ne se soucient guère de la différence. Les affaires vont bon train. «Notre boutique du Sablon est celle qui accueille le plus de clients dans le monde» précise Sophie Gerriet de chez Marcolini. Chez Neuhaus, après seulement trois mois d'ouverture, «les retombées sont déjà très bonnes» selon son responsable image.

Une satisfaction en matière de vente qui pousse les boutiques à optimiser leur commerce sur le Sablon. Ainsi, elles restent ouvertes pour le marché aux antiquités qui investit la place tous les week-ends. Un 7/7 qui paie puisque le dimanche s'avère être une des meilleures journées de la semaine. Les antiquaires qui font les affaires des chocolatiers au Sablon, ironie du sort ou passation de pouvoir?

Si le commerce est florissant pour les chocolatiers sur le Sablon, il ne dégénère cependant pas en une guerre acharnée entre les différentes enseignes. De part et d'autre, on accueille plutôt bien la concurrence. «Il y a un respect de la confrérie, explique Sophie Gerriet. Nous formons un petit monde dans lequel chacun a sa propre vision du chocolat». Même discours pacifiste chez Godiva:«la concurrence nous pousse, nous stimule».

© La Libre Belgique 2006